ACTE I, SCENE V
CLITON
Monsieur, quand une femme a le don de se taire, Elle a des qualités au-dessus du vulgaire; C'est un effort du ciel qu'on a peine à trouver; Sans un petit miracle, il ne peut l'achever ; Et la nature souffre extrême violence Lorsqu'il en fait d'humeur à garder le silence. Pour moi, jamais l'amour n'inquiète mes nuits; Et, quand le cœur m'en dit, j'en prends par où je puis. Mais naturellement femme qui se peut taire A sur moi tel pouvoir et tel droit de me plaire, Qu'eût-elle en vrai magot tout le corps fagoté, Je lui voudrais donner le prix de la beauté. C'est elle assurément qui s'appelle Lucrèce : Cherchez un autre nom pour l'objet qui vous blesse; Ce n'est point là le sien : celle qui n'a dit mot, Monsieur, c'est la plus belle, ou je ne suis qu'un sot.
DORANTE
Je t'en crois sans jurer avec tes incartades.
Mais voici les plus chers de mes vieux camarades :
Ils semblent étonnés, à voir leur action