‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 261 sur 409 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Passe pour homme illustre, et se met en crédit.

CLITON

A qui vous veut ouïr, vous en faites bien croire ; Mais celle-ci bientôt peut savoir votre histoire.

DORANTE

J'aurai déjà gagné chez elle quelque accès; Et, loin d'en redouter un malheureux succès. Si jamais un fâcheux nous nuit par sa présence, Nous pourrons sous ces mots être d'intelligence. Voilà traiter l'amour, Cliton, et comme il faut.

CLITON

A vous dire le vrai, je tombe de bien haut. Mais parlons du festin : Urgande et Mélusine N'ont jamais sur-le-champ mieux fourni leur cuisine; Vous allez au delà de leurs enchantements : Vous seriez un grand maître à faire des romans; Ayant si bien en main le festin et la guerre, Vos gens en moins de rien courraient toute la terre, Et ce serait pour vous des travaux fort légers Que d'y mêler partout la pompe et les dangers. Ces hautes fictions vous sont bien naturelles.

DORAÎSTE.

J'aime à braver ainsi les conteurs de nouvelles ;

Et, sitôt que j'en vois quelqu'un s'imaginer

Que ce qu'il veut m'apprendre a de quoi m'étonner,

Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire

Qui l'étonné lui-même et le force à se taire.

Si tu pouvais savoir quel plaisir on a lors

De leur faire rentrer leurs nouvelles au corps...

CLITON

Je le juge assez grand; mais enfin ces pratiques Vous peuvent engager en de fâcheux intriques.

DORANTE

Nous nous en tirerons; mais tous ces vains discours M'empêchent de chercher l'objet de mes amours; Tâchons de le rejoindre, et sache qu'à me suivre Je t'apprendrai bientôt d'autres façons de vivre.

la.

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