‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 284 sur 409 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

CLITON

Vous en avez sans doute un plus heureux succès El vous avez gagné chez elle un grand accès. Mais je suis ce fâcheux qui nuis par ma présence, Et vous fais sous ces mots être d'intelligence.

DORANTE

Peut-être : qu'en crois-tu?

CLITON

Le peut-être est gaillard.

DORANTE

Penses-tu qu'après tout j'en quitte encor ma part Et tienne tout perdu pour un peu de traverse !

CLITON

Si jamais cette part tomhait dans le commerce, Et qu'il vous vînt marchand pour ce trésor caché, Je vous conseillerais d'en faire bon marché.

DORANTE

Mais pourquoi si peu croire un feu si véritable?

A chaque bout de champ vous mentez comme un diable.

DORANTE

Je disais vérité.

CLITON

Quand un menteur la dit, En passant par sa bouche , elle perd son crédit.

DORANTE

Il faut donc essayer si par quelque autre bouche Elle pourra trouver un accueil moins farouche. Allons sur le chevet rêver quelque moyen D'avoir de l'incrédule un plus doux entretien. Souvent leur belle humeur suit le cours de la lune : Telle rend des mépris qui veut qu'on l'importune ; Et, de quelques effets que les siens soient suivis, Il sera demain jour, et la nuit porte avis.

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