‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 295 sur 409 · CLITON, SABINE · texte numérisé non relu

CLITON, SABINE

CLITON

Tu vois que les effets préviennent les paroles;

C'est un homme qui fait litière de pistoles :

Mais, comme auprès de lui je puis beaucoup pour toi...

SABINE

Fais tomber de la pluie et laisse faire à moi.

Tu viens d'entrer en goût.

SABINE

Avec mes révérences, Je ne suis pas encor si dupe que tu penses. Je sais bien mon métier, et ma simplicité Joue aussi bien son jeu que ton avidité.

CLITON

Si tu sais ton métier, dis-moi quelle espérance Doit obtenir mon maître à la persévérance. Sera-t-elle insensible? en viendrons-nous à bout?

SABINE

Puisqu'il est si brave homme, il faut te dire tout.

Pour te désabuser, sache donc que Lucrèce N'esl rien moins qu'insensible à l'ardeur qui le presse ; Durant toute la nuit elle n'a point dormi; Et, si je ne me trompe, elle l'aime à demi.

CLITON

Mais sur quel privilège est-ce qu'elle se fonde, Quand elle aime à demi, de maltraiter le monde? Il n'en a cette nuit reçu que des mépris. Chère amie, après tout, mon maître vaut son prix. Ces amours à demi sont d'une étrange espèce; Et, s'il me voulait croire, il quitterait Lucrèce.

SABINE

Qu'il ne se hâte point, on l'aime assurément.

CLITON

Mais on le lui témoigne un peu bien rudement; Et je ne vis jamais de méthodes pareilles.

Elle tient, comme on dit, le loup parles oreilles; Elle l'aime, et son cœur n'y saurait consentir, Parce que d'ordinaire il ne fait que mentir. Hier même elle le vit dedans les Tuileries, Où tout ce qu'il conta n'était que menteries. Il en a fait autant depuis à deux ou trois.

CLITON

Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois.

SABINE

Elle a lieu de douter et d'être en défiance.

CLITON

Qu'elle donne à ses feux un peu plus de croyance : Il n'a fait toute nuit que soupirer d'ennui.

SABINE

Peut-être que tu mens aussi bien comme lui?

CLITON

Je suis homme d'honneur; tu me fais injustice.

SABINE

Mais, dis-moi, sais-tu bien qu'il n'aime plusClarice?

CLITON

Il ne Taima jamais.

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