SCENE II
GÉRONTE
0 vieillesse facile! ©jeunesse impudente! 0 de mes cheveux gris honte trop évidente ! Est-il dessous le ciel père plus malheureux? Est-il affront plus grand pour un cœur généreux? Dorante n'est qu'un fourbe ; et cet ingrat que j'aime, Après m'avoir fourbe, me fait fourber moi-même; Et d'un discours en Fair, qu'il forge en imposteur, Il me fait le trompette et le second auteur ! Comme si c'était peu pour mon reste de vie De n'avoir à rougir que de son infamie, L'infâme, se jouant de mon trop de bonté, Me fait encor rougir de ma crédulité !
GÉROINTE, DORANTE, GLITON.
GÉRONTE
Êtes-vous gentilhomme?
DORANTE, à part.
Ah ! rencontre fâcheuse !
(Haut.)
Étant sorti de vous, la chose est peu douteuse.
GÉROINTE.
Croyez-vous qu'il suffit d'être sorti de moi?
DORANTE
Avec toule la France aisément je le croi.
GÉRONTE
Et ne savez-vous point avec toute la France D'où ce titre d'honneur a tiré sa naissance, Et que la vertu seule a mis en ce haut rang Ceux qui Font jusqu'à moi fait passer dans leur sang?
DORANTE
J'ignorerais un point que n'ignore personne, Que la vertu l'acquiert, comme le sang le donne?
GÉnONTE.
Où le sang a manqué, si la vertu Facquiert, Où le sang l'a donné, le vice aussi le perd. Ce qui naît d'un moyen périt par son contraire; Tout ce que l'un a fait, l'autre le peut défaire; Et, dans la lâcheté du vice où je te voi, Tu n'es plus gentilhomme, étant sorti de moi.
DORANTE
Moi?
GÉRONTE
Laisse-moi parler, toi, de qui Fimposturc Souille honteusement ce don de la nature : Qui se dit gentilhomme et ment comme tu fais, Il ment quand il le dit et ne le fut jamais. Est-il vice plus bas? est-il tache plus noire, Plus indigne d'un homme élevé pour la gloire? Est-il quelque faiblesse, est-il quelque action Dont un cœur vraiment noble ait plus d'aversion, Puisqu'un seul démenti lui porte une infamie Qu'il ne peut effacer s'il n'expose sa vie, Et si dedans le sang il ne lave l'affront Qu'un si honteux outrage imprime sur son front?
DORANTE
Qui vous dit que je mens?
GÉRONTE
Qui me le dit, infâme?
Dis-moi, si tu le peux, dis le nom de ta femme. Le conte qu'hier au soir tu m'en fis publier...