ACTE I, SCÈNE IV
LAONICE
Pour la reprendre donc où nous l'avons laissée, Les Parlhes, au combat par les nôtres forcés, Tantôt presque vainqueurs, tantôt presque enfoncés, Sur Tune et Tautre armée également heureuse Virent longtemps voler la victoire douteuse ; Mais la fortune enfin se tourna contre nous. Si bien qu'Antiochus, percé de mille coups. Près de tomber aux mains d'une troupe ennemie, Lui voulut dérober les restes de sa vie, Et, préférant aux fers la gloire de périr. Lui-même par sa main acheva de mourir.
La reine, ayant appris celte triste nouvelle, En reçut tôt après une autre plus cruelle : Que Nicanor vivait; que, sur un faux rapport, De ce premier époux elle avait cru la mort; Que, piqué jusqu'au vif contre son hyménée, Son âme à Fimiter s'était déterminée, Et que, pour s'affranchir des fers de son vainqueur. Il allait épouser la princesse sa sœur; C'est cette Rodogune, où l'un et l'autre frère Trouve encor les appas qu'avait trouvés leur père.
La reine envoie en vain pour se justifier; On a beau la défendre, on a beau le prier, On ne rencontre en lui qu'un juge inexorable ; Et son amour nouveau la veut croire coupable : Son erreur est un crime ; et, pour l'en punir mieux, Il veut même épouser Rodogune à ses yeux. Arracher de son front le sacré diadème Pour ceindre une autre tête en sa présence même ; Soit qu'ainsi sa vengeance eût plus d'indignité, Soit qu'ainsi cet hymen eût plus d'autorité. Et qu'il assurât mieux par celte barbarie Aux enfants qui naîtraient le trône de Syrie.
Mais, tandis qu'animé de colère et d'amour Il vient déshériter ses fils par son retour, Et qu'un gros escadron de Parlhes pleins de joie Conduit ces deux amants, et court comme à la proie, La reine, au désespoir de n'en rien obtenir,
Se résout de se perdre ou de le prévenir. Elle oublie un mari qui veut cesser de Fêtre, Qui ne veut plus la voir qu'en implacable maître; Et, changeant à regret son amour en horreur, Elle abandonne tout à sa juste fureur.
Elle-même leur dresse une embûche au passage, Se mêle dans les coups, porte partout sa rage, En pousse jusqu'au bout les furieux effets. Que vous dirai-je enfin? les Parthes sont défaits; Le roi meurt, et, dit-on, par la main de la reine; Rodogune captive est livrée à la haine. Tous les maux qu'un esclave endure dans les fers, Alors sans moi, mon frère, elle les eût soufferts. La reine, à la gêner prenant mille délices, Ne commettait qu'à moi Tordre de ses supplices; Mais, quoi que m'ordonnât cette âme toute en feu, Je promettais beaucoup, et j'exécutais peu. Le Parlhe cependant en jure la vengeance; Sur nous à main armée il fond en diligence, Nous surprend, nous assiège, et fait un tel effort. Que, la ville aux abois, on lui parle d'accord. Il veut fermer l'oreille, enflé de l'avantage ; Mais, voyant parmi nous Rodogune en otage. Enfin il craint pour elle et nous daigne écouter; Et c'est ce qu'aujourd'hui l'on doit exécuter. La reine de l'Egypte a rappelé nos princes Pour remettre à l'aîné son trône et ses provinces. Rodogune a paru, sortant de sa prison.
Comme un soleil levant dessus notre horizon. Le Parthe a décampé, pressé par d'autres guerres Contre l'Arménien qui ravage ses terres; D'un ennemi cruel il s'est fait notre appui ; La paix finit la haine, et, pour comble aujourd'hui, Dois-je dire de bonne ou mauvaise fortune? Nos deux princes tous deux adorent Rodogune.
TIMAGÈNE
Sitôt qu'ils ont paru tous deux en cette cour,
Ils ont vu Rodogune, et j'ai vu leur amour;
Mais, comme étant rivaux nous les trouvons à plaindre,