‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 329 sur 409 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

RODOGUiNE, ORONTE, LAONIGE.

Voilà comme Tamour succède à la colère, Comme elle ne me voit qu'avec des yeux de mère, Comme elle aime la paix, comme elle fait un roi, Et comme elle use enfin de ses fils et de moi ! Et tantôt mes soupçons lui faisaient une offense? Elle n'avait rien fait qu'en sa juste défense? Lorsque tu la trompais elle fermait les yeux? Ah! que ma défiance en jugeait beaucoup mieux! Tu le vois, Laonice.

LAONICE

Et vous voyez, madame.

Quelle fidélité vous conserve mon âme, Et qu'ayant reconnu sa haine et mon erreur, Le cœur gros de soupirs, et frémissant d'horreur, Je romps une foi due aux secrets de ma reine. Et vous viens découvrir mon erreur et sa haine.

Cet avis salutaire est l'unique secours

A qui je crois devoir le reste de mes jours.

Mais ce n'est pas assez de m'avoir avertie;

Il faut de ces périls m'aplanir la sortie ;

Il faut que tes conseils m'aident à repousser...

LAONICE

Madame, au nom des dieux, veuillez m'en dispenser; C'est assez que pour vous je lui sois infidèle, Sans m'engager encore à des conseils contre elle. Oronte est avec vous, qui, comme ambassadeur, Devait de cet hymen honorer la splendeur; Comme c'est en ses mains que le roi votre frère A déposé le soin d'une tête si chère.

Je vous laisse avec lui pour en délibérer. Quoi que vous résolviez, laissez-moi l'ignorer. Au reste, assurez-vous de l'amour des deux princes: Plutôtquede vous perdre ils perdront leurs provinces; Mais je ne réponds pas que ce cœur inhumain Ne veuille à leurl-efus s'armer d'une autre main. Je vous parle en tremhlanl; si j'étais ici vue, Votre péril croîtrait, et je serais perdue. Fuyez, grande princesse, et souffrez cet adieu.

Va, je reconnaîtrai ce service en son lieu.

Page 1