SCÈNE V
Que tu pénètres mal le fond de mon courage! Si je verse des pleurs, ce sont des pleurs de rage; Et ma haine qu'en vain tu crois s'évanouir, Ne les a fait couler qu'afin de t'éblouir. Je ne veux plus que moi dedans ma confidence. Et toi, crédule amant, que charme l'apparence, Et dont l'esprit léger s'attache avidement Aux attraits captieux de mon déguisement, Va, triomphe en idée avec ta Rodogune, Au sort des immortels préfère ta fortune. Tandis que, mieux instruite en l'art de me venger,
En de nouveaux malheurs je saurai le plonger. Ce n'est pas tout d'un coup que tan t d'orgueil trébuche : De qui se rend trop tôt on doit craindre une embûche, Et c'est mal démêler le cœur d'avec le front Que prendre pour sincère un changement si prompt. L'effet te fera voir comme je suis changée !