‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 366 sur 409 · ACTE I, SCÈNE HT · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE HT

Jo me dois tout à lui s'il revient tout à moi.

En vain donc je me flatte; en vain j'ose, madame, Promettre à mon espoir quelque part en votre âme: Pompée en est encor Tunique souverain.

Tous vos ressentiments n'offrent que votre main ; Et, quand par ses refus j'aurai droit d'y prétendre, Le cœur toujours à lui ne voudra pas se rendre.

ARISTIE

Qu'importe de mon cœur si je sais mon devoir Et si mon hyménée enfle votre pouvoir?

Vous ravaleriez-vous jusques à la bassesse D'exiger de ce cœur des marques de tendresse, Et de les préférer à ce qu'il fait d'effort Pour braver mon tyran et relever mon sort? Laissons, seigneur, laissons pour les petites âmes Ce commerce rampant de soupirs et de flammes; Et ne nous unissons que pour mieux soutenir La liberté que Rome est prête à voir finir. Unissons ma vengeance à votre politique Pour sauver des abois toute la république : L'hymen seul peut unir des intérêts si grands. Je sais que c'est beaucoup que ce que je prétends : Mais, dans ce dur exil que mon tyran m'impose. Le rebut de Pompée est encor quelque chose; Et j'ai des sentiments trop nobles ou trop vains Pour le porter ailleurs qu'au plus grand des Romains.

SERTORIUS

Ce nom ne m'est pas dû, je suis...

ARISTIE

Ce que vous faites Montre à tout l'univers, seigneur, ce que vous êtes. Mais, quand même ce nom semblerait trop pour vous, Du moins mon infidèle est d'un rang au-dessous : Il sert dans son parti, vous commandez au vôtre ; Vous êtes chef de l'un, et lui sujet dans l'autre; Et son divorce enfin, qui m'arrache sa foi, L'y laisse par Sylla plus opprimé que moi, Si votre hymen m'élève à la grandeur sublime

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Tandis qu'en Tesclavage un autre hymen Tabîme. Mais, seigneur, je m'emporte, et Texcès d'un tel heur Me fait vous en parler avec trop de chaleur. Tout mon bien est encor dedans Tincertitude : Je n'en conçois Tespoir qu'avec inquiétude; Et je craindrai toujours d'avoir trop prétendu, Tant que de cet espoir vous m'ayez répondu. Vous me pouvez d'un mot assurer ou confondre.

SERTORIUS

Mais, madame, après tout, que puis-je vous répondre? De quoi vous assurer, si vous-même parlez Sans être sûre encor de ce que vous voulez?

De votre illustre hymen je sais les avantages; J'adore les grands noms que j'en ai pour otages, Et vois que leur secours, nous rehaussant le bras, Aurait bientôt jeté la tyrannie à bas : Mais cette attente aussi pourrait se voir trompée Dans l'offre d'une main qui se garde à Pompée, Et qui n'étale ici la grandeur d'un tel bien Que pour me tout promettre et ne me donner rien.

ARISTIE

Si vous vouliez ma main par choix de ma personne, Je vous dirais, seigneur : « Prenez, je vous la donne; « Quoi que veuille Pompée, il le voudra trop tard. » Mais, comme en cet hymen l'amour n'a point de part, Qu'il n'est qu'un pur effet de noble politique, Souffrez que je vous die, afin que je m'explique, Que, quand j'aurais pour dot un million de bras, Je vous donne encor plus en ne l'achevant pas.

Si je réduis Pompée à chasser ^Emilie, Peut-il, Sylla régnant, regarder l'Italie? Ira-t-il se livrer à son juste courroux? Non, non; si je le gagne, il faut qu'il vienne à vous. Ainsi par mon hymen vous avez assurance Que mille vrais Romains prendront votre détense : Mais, si j'en romps l'accord pour lui rendre mes vœux, Vous aurez ces Romainset Pompée avec eux ; Vous aurez ses amis par ce nouveau divorce; Vous aurez du tyran la principale force,

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