‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 8 sur 409 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

LE COMTE

Vous l'avez eu par brigue, étant vieux courtisan.

D. DIÈGUE

L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.

LE COMTE

Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.

D, DIÈGUE

Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.

LE COMTE

Et par là cet honneur n'était dû qu'à mon bras.

D. DIÈGUE

Qui n'a pu l'obtenir ne le méritait pas .

LE COMTE

Ne le méritait pas ! Moi !

Vous.

LE COMTE

Ton impudence, Téméraire vieillard, aura sa récompense*.

(Il lui donne un soufflet.) D. DIÈGUE, mettant l'épée à la main.

Achève, et prends ma vie après un tel affront, Le premier dont ma race ait vu rougir son front.

LE COMTE

Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse?

D. DIÈGUE

0 Dieu! ma force usée en ce moment me laisse

LE COMTE

Ton épée est à moi; mais tu serais trop vain, Si ce honteux trophée avait chargé ma main.

Adieu. Fais lire au prince, en dépit de l'envie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie ; D'un insolent discours ce juste châtiment Ne lui servira pas d'un petit ornement.

1 On ne donnerait pas aujourd'hui un soufflet sur la jouii d'un héros. Les acteurs mêmes sont très-embarrassés à donner ce soufflet; ils font le semblant. Cela n'est plus même soulTerl dans la comédie, et c'est le seul exemple qu'on en ait sur le théâtre tragique. 11 est à croire que c'est une des raisons qui firent intituler le Cid, tragi-comédie.

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