‹ Théâtre de Corneille (volume 2)Chapitre 83 sur 409 · SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

SABINE, CAMILLE

SABINE

Parmi nos déplaisirs souffrez que je vous blâme : Je ne puis approuver tant de trouble en votre âme; Que feriez-vous, ma sœur, au point où je me vois, Si vous aviez à craindre autant que je le dois, Et si vous attendiez de leurs armes fatales Des maux pareils aux miens et des pertes égales?

CAMILLE

Parlez plus sainement de vos maux et des miens : Chacun voit ceux d'autrui d'un autre œil qu e les siens; Mais, à bien regarder ceux où le ciel me plonge, Les vôtres auprès d'eux vous sembleront un songe. La seule mort d'Horace est à craindre pour vous. Des frères ne sont rien à l'égal d'un époux; L'hymen qui nous attache en une autre famille Nous détache de celle où l'on a vécu fille; On voit d'un œil divers des nœuds si différents, Et pour suivre un mari l'on quitte ses parents : Mais, si près d'un hymen, l'amant que donne un père Nousestmoinsqu'un époux, et non pas moins qu'un frère, Nos sentiments entre eux demeurant suspendus, Notre choix impossible, et nos vœux confondus. Ainsi, ma sœur, du moins vous avez dans vos plaintes Où porter vos souhaits et terminer vos craintes; Mais, si le ciel s'obstine à nous persécuter. Pour moi j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter.

SABINE

Quandilfautquel'un meure et par les mainsde l'autre. C'est un raisonnement bien mauvais que le vôtre. Quoique cesoient, ma sœur, des nœuds bien différents, C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents : L'hymen n'efface point ces profonds caractères; Pour aimer un mari, l'on ne hait pas ses frères; La nature en tout temps garde ses premiers droits; Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix : Aussibien qu'un époux ils sont d'autres nous-mêmes; Et tous maux sont pareils alors qu'ils sont extrêmes; Mais l'amant qui vous charme et pour qui vous brûlez Ne vous est, après tout, que ce que vous voulez; Une mauvaise humeur, un peu de jalousie, En fait assez souvent passer la fantaisie*.

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