LE VIEIL HORACE, CAMILLE
LE VIEIL HORACE
Ma fille, il n'est plus temps de répandre des pleurs. II sied mal d'en verser où l'on voit tant d'honneurs : On pleure injustement des pertes domestiques, Quand on en voit sortir des victoires publiques. Rome triomphe d'Albe, et c'est assez pour nous; Tous nos maux à ce prix doivent nous êîre doux. En la mort d'un amant vous ne perdez qu'un homme Dont la perte est aisée à réparer dans Rome ; Après cette victoire, il n'est point de Romain Qui ne soit glorieux de vous donner la main. Il me faut à Sabine en porter la nouvelle; Ce coup sera sans doute assez rude pour el]e, Et ses trois frères morts par la main d'un époux Lui donneront des pleurs bien plus justes qu'à vous; Mais j'espère aisément en dissiper l'orage, Et qu'un peu de prudence aidant son grand courage Fera bientôt régner sur un si noble cœur Le généreux amour qu'elle doit au vainqueur. Cependant étouffez cette lâche tristesse ; Recevez-le, s'il vient, avec moins de faiblesse; Faites-vous voir sa sœur, et qu'en un même flanc Le ciel vous a tous deux formés d'un même sang.