SCÈNE II. — DORANTE, ALCIPPE, CLITON
ALCIPPE
Je te veux, cher ami, faire part de ma joie. Je suis heureux : mon père...
DORANTE
Eh bien?
ALCIPPE
Vient d'arriver.
cliton, à Dorante Cette place pour vous est commode à rêver.
dorante Ta joie est peu commune, et pour revoir un père Un tel homme que nous ne se réjouit guère.
ALCIPPE
Un esprit que la joie entièrement saisit Présume qu'on l'entend au moindre mot qu'il dit. Sache donc que je touche à l'heureuse journée Qui doit avec Clarice unir ma destinée : On attendait mon père afin de tout signer.
DORANTE
C'est, ce que mon esorit ne pouvait deviner;
Mais je m'en réjouis. Tu vas entrer chez elle?
ALCIPPE
Oui, je lui vais porter cette heureuse nouvelle; Et je t'en ai voulu faire part en passant.
DORANTE
Tu t'acquiers d'autant plus un cœur reconnaissant. Enfin donc ton amour ne craint plus de disgrâce?
ALCIPPE
Cependant qu'au logis mon père se délasse. J'ai voulu par devoir prendre l'heure du sien.
cliton, à Dorante Les gens que vous tuez se portent assez bien.
ALCIPPE
Je n'ai de part ni d'autre aucune défiance. Excuse d'un amant la juste impatience.
Adieu.
DORANTE
Le ciel te donne un hymen sans souci ! SCÈNE III. — DORANTE, CLITON
CLITON
Il est mort ! Quoi? monsieur, vous m'en donnez aussi, A moi, de votre cœur l'unique secrétaire; A moi, de vos secrets le grand dépositaire l Avec ces qualités j'avais heu d'espérer Qu'assez malaisément je pourrais m'en parer.
DORANTE
Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire?
Je croirai tout, monsieur, pour ne vous pas déplaire- Mais vous en contez tant, à toute heure, en tous lieux, Qu'il faut bien de l'esprit avec vous, et bons yeux. Maure, juif, ou chrétien, vous n'épargnez personne.
DORANTE
Alcippe te surprend ! Sa guérison t'étonne !
L'état où je le mis était fort périlleux;
Mais il est à présent des secrets merveilleux :
Ne t'a-t-on point parlé d'une source de vie
Que nomment nos guerriers poudre de sympathie?
On en voit tous les jours des effets étonnants.
CLITON
Encor ne sont-ils pas du tout si surprenants; Et je n'ai point appris qu'elle eût tant d'efficace Qu'un homme que pour mort on laisse sur la place, Qu'on a de deux grands coups percé de part en part, Soit dès le lendemain si frais et si gaillard.
DORANTE
La poudre que tu dis n'est que de la commune,
On n'en fait plus de cas; mais, Cliton, j'en sais une
Qui rappelle sitôt des portes du trépas
Qu'en moins d'un tourne-main on ne s'en souvient pas;
Quiconque la sait faire a de grands avantages.
Donnez-m'en le secret, et je vous sers sans gages.
DORANTE
Je te le donnerai, et tu serais heureux; Mais le secret consiste en quelques mots hébreux, Qui tous à prononcer sont si fort difficiles Que ce serait pour toi des trésors inutiles
CLITON
Vous savez donc l'hébreu?
DORANTE
L'hébreu? Parfaitement :
J'ai dix langues, Cliton, à mon commandement.
CLITON
Vous auriez bien besoin de dix des mieux nourries Pour fournir tour à tour à tant de menteries : Vous les hachez menu comme chair à pâtés. Vous avez tout le corps bien plein de vérités, Il n'en sort jamais une.
DORANTE
Ah ! cervelle ignorante !
Mais mon père survient.