‹ Théâtre de CorneilleChapitre 11 sur 158 · ACTE TROISIÈME SCÈNE PREMIÈRE. — MAXIME, EUPHORBE · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME SCÈNE PREMIÈRE. — MAXIME, EUPHORBE

MAXIME

Lui-même il m'a tout dit; leur flamme est mutuelle;

Il adore Emilie, il est adoré d'elle;

Mais sans venger son père il n'y peut aspirer,

Et c'est pour l'acquérir qu'il nous fait conspirer.

EUPHORBE

Je ne m'étonne plus de cette violence

Dont il contraint Auguste à garder sa puissance :

La ligue se romprait s'il s'en était démis, Et tous vos conjurés deviendraient ses amis.

MAXIME

Ils servent à l'envi la passion d'un homme Qui n'agit que pour soi, feignant d'agir pour Rome; Et moi, par un malheur qui n'eut jamais d'égal, Je pense servir Rome, et je sers mon rival !

EUPHORBE

Vous êtes son rival?

MAXIME

Oui, j'aime sa maîtresse.

Et l'ai caché toujours avec assez d'adresse; Mon ardeur inconnue, avant que d'éclater, Par quelque grand exploit la voulait mériter. Cependant par mes mains je vois qu'il me l'enlève; Son dessein fait ma perte, et c'est moi qui l'achève; J'avance des succès dont j'attends le trépas, Et pour m'assassiner je lui prête mon bras. Que l'amitié me plonge en un malheur extrême !

EUPHORBE

L'issue en est aisée : agissez pour vous-même; D'un dessein qui vous perd rompez le coup fatal; Gagnez une maîtresse, accusant un rival. Auguste, à qui par là vous sauverez la vie. Ne vous pourra jamais refuser Emilie.

MAXIME

Quoi ! trahir mon ami ?

EUPHORBE

L'amour rend tout permis; Un véritable amant ne connaît point d'amis, Et même avec justice on peut trahir un traître Qui pour une maîtresse ose trahir son maître : Oubliez l'amitié, comme lui les bienfaits.

MAXIME

C'est un exemple à fuir que celui des forfaits.

EUPHORBE

Contre un si noir dessein tout devient légitime : On n'est point criminel quand on punit un crime.

MAXIME

Un crime par qui Rome obtient sa liberté I

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