‹ Théâtre de CorneilleChapitre 138 sur 158 · SCÈNE VI. — DORANTE, LYSE, CLITON · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — DORANTE, LYSE, CLITON

dorante, à Lyse Je ne t'espérais pas si soudain de retour.

LYSE

Vous jugerez par là d'un cœur qui meurt d'amour. De vos civilités ma maîtresse est ravie : Elle serait venue, elle en brûle d'envie; Mais un» compagnie au logis la retient : Elle viendra bientôt, et peut-être elle vient; Et je me connais mal à l'ardeur qui l'emporte. Si vous ne la voyez même avant que je sorte. Acceptez cependant quelque peu de douceurs Fort propres en ces lieux à conforter les cœurs : Les sèches sont dessous, celles-ci sont liquides.

CLITON

Les amours de tantôt me semblaient plus solides. Si tu n'as autre chose, épargne mieux tes pas; Cette inégalité ne me satisfait pas.

Nous avons le cœur bon, et, dans nos aventures, Nous ne fûmes jamais hommes à confitures.

Badin, qui te demande ici ton sentiment?

CLITON

Ah ! tu me fais l'amour un peu bien rudement.

LYSE

Est-ce à toi de parler? Que n'attends-tu ton heure?

DORANTE

Saurons-nous cette fois son nom ou sa demeure?

LYSE

Non ! pas encor sitôt.

DORANTE

Mais te vaut-elle bien?

Parle-moi franchement, et ne déguise rien.

LYSE

A ce compte, monsieur, vous me trouvez passable?

DORANTE

Je te trouve de taille et d'esprit agréable.

Tant de grâce en l'humeur, et tant d'attraits aux yeux,

Qu'à te dire le vrai, je ne voudrais pas mieux;

Elle me charmera, pourvu qu'elle te vaille.

LYSE

Ma maîtresse n'est pas tout à fait de ma taille; Mais elle me surpasse en esprit, en beauté, Autant et plus encor, monsieur, qu'en qualité.

DORANTE

Tu sais adroitement couler ta flatterie. Que ce bout de ruban a de galanterie ! Je le veux dérober. Mais qu'est-ce qui le suit?

LYSE

Rendez-le moi, monsieur; j'ai hâte, il s'en va nuit.

DORANTE

Je verrai ce que c'est.

LYSE

C'est une miniature.

DORANTE

Oh ! le charmant portrait ! l'adorable peinture ! Elle est faite à plaisir.

LYSE

Après le naturel.

DORANTE

Je ne crois pas jamais avoir rien vu de tel.

LYSE

Ces quatre diamants dont elle est enrichie

Ont sous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie;

Et je cours de ce pas y faire regarder.

Et quel est ce portrait?

LYSE

Le faut-il demander?

Et doutez-vous si c'est ma maîtresse elle-même?

DORANTE

Quoi ! celle qui m'écrit?

LYSE

Oui, celle qui vous aime; A l'aimer tant soit peu vous l'auriez deviné.

DORANTE

Un si rare bonheur ne m'est pas destiné; Et tu me veux flatter par cette fausse joie.

LYSE

Quand je dis vrai, monsieur, je prétends qu'on me croie. Mais je m'amuse trop, l'orfèvre est loin d'ici; Donnez-moi, je perds temps.

DORANTE

Laisse-moi ce souci; Nous avons un orfèvre arrêté pour ses dettes, Qui saura tout remettre au point que tu souhaites.

LYSE

Vous m'en donnez, monsieur.

DORANTE

Je te le ferai voir.

LYSE

A-t-il la main fort bonne?

Autant qu'on peut l'avoir.

LYSE

Sans mentir?

DORANTE

Sans mentir.

CLITON

Il est trop jeune, il n'ose.

LYSE

Je voudrais bien pour vous faire ici quelque chose. Mais vous le montrerez.

DORANTE

Non, à qui que ce soit.

LYSE

Vous me ferez chasser si quelque autre le voit.

DORANTE

Va, dors en sûreté.

LYSE

Mais enfin à quand rendre?

Dès demain.

LYSE

Demain donc je viendrai le reprendre.

Je ne puis me résoudre à vous désobliger.

cliton, à Dorante, piiis à Lyse Elle se met pour vous en un très grand danger. Dirons-nous rien nous deux?

LYSE

Non.

CLITON

Comme tu méprises!

LYSE

Je n'ai pas le loisir d'entendre tes sottises.

CLITON

Avec cette rigueur tu me feras mourir.

LYSE

Peut-être à mon retour je saurai te guérir; Je ne puis mieux pour l'heure : adieu.

CLITON

Tout me succède.

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