SCÈNE II. — DORANTE, CLITON, LYSE
Tout est perdu, Cliton; il faut ployer bagage.
CLITON
Je fais ici, monsieur, l'amour de bon courage; Au lieu de m'y troubler, allez en faire autant.
DORANTE
N'en parlons plus.
CLITON
Entrez, vous dis-je, on vous attend*
DORANTE
Que m'importe?
CLITON
On vous aime.
DORANTE
Hélas !
CLITON
On vous adore.
DORANTE
Je îe sais
CLITON
D'où vient donc l'ennui qui vous dévore?
DORANTE
Que je te trouve heureux !
Le destin m'est si doux Que vous avez sujet d'en être fort jaloux : Alors qu'on vous caresse à grands coups de pistoles, J'obtiens tout doucement paroles pour paroles. L'avantage est fort rare et me rend fort heureux.
DORANTE
Il faut partir, te dis-je.
CLITON
Oui, dans un an ou deux.
DOFA.NTE
Sans tarder un moment.
LYSE
L'amour trouve des charmes A donner quelquefois de pareilles alarmes.
DORANTE
Lyse, c'est tout de bon.
LYSE
Vous n'en avez pas lieu.
DORANTE
Ta maîtresse survient; il faut lui dire adieu. Puisse en ses belles mains ma douleur immortelle Laisser toute mon âme en prenant congé d'elle !