SCÈNE VU
Non, non, je n*encrois rien; vous êtes un plaisant Monsieur Gaillard.
GAILLARD
Monsieur, c'est sérieusement.
Depuis que vous logez ici, ma table d'hôte Chaque jour diminue.
SAINVILLE
. . • Eh bien I est-ce ma faute ?
GAILLARD
Votre ton goguenard; vos propos outrageants Ne cessent d'irriter, de provoquer les gens.
SAINVILLE
Eh! qu'importe, pourvu que je les satisfasse? Suis-je allé vous prier de vous battre à ma place?
GAILLARD
Non, certe, et vous avez fort bien fait.
SAINVILLE
Je le crois...
GAILLARD
Je n'ai jamais été bretteur, moi...
SAINVILLE
Je le vois.
GAILLARD
Et sans aller plus loin, ce matin même encore
Ce bon monsieur Blincour que j'aime, que j'honore...
SAINVILLE
Vous m'y faites penser. Gomment ! il est venu? Et personne chez vous ne m'en a prévenu !
GAILLARD
Non, Monsieur, je savais l'objet de sa visite;
Et, ûdèle h la loi que je me suis prescrite, Par intérêt pour vous et pour lui, j'ai menti.
SAINVILLE
Gomment donc?
GAILLARD
En disant que vous étiez sorti.
SAINVILLE
Voilà, je vous l'avoue, une étrange conduite! De ce mensonge-là prévoyez- vous la suite?
GAILLARD
J'ai voulu...
SAINVILLE
Quoi I je donne un rendez-vous d'honneur, Mon adversaire arrive, et de galté de cœur Vous me faites passer pour un homme sans âme, Sans pudeur ni parole?... Ah! le trait est infâme. Vous avez compromis ma réputation ; Vous m'en devez, Monsieur, la réparation.
GAILLARD, tremblant.
La réparation? et de quelle manière L'entendez- vous ?. . .
SAINVILLE
Allez trouver mon adversaire.
Oui, Monsieur...
GAILLARD
SAINVILLE
Dites-lui que, lorsqu'il est venu,
Je l'attendais.
GAILLARD
Fort bien.
SAINVILLE
Chez moi.
SGËNË VIII 165
GAILLARD
C'est convenu.
SAINVILLE
Que vous seul avez fait un mensonge.. .
GAILLARD
A merveille.
SAINVILLE
Que toujours je soutiens ce que j'ai dit la veille; Que, jusqu'à son retour, Phonneur m'enchaîne ici,