ACTE I, SCÈNE IV
LE BAILLI
La morue tourne autour de l'amorce.
BLANCHET
Allons, un bon mouvement.
MADAME ROUSSEL
Air : Sans être beUç on est aimable.
Mon Dien ! qu' vot' flamme est donc pressante I
BLANCHET
Mon Dieu I qu' yoas êfs appétissante I
MADAME ROUSSEL
Si j'allais avoir deux maris I
BLANCHET
N'en pas avoir un, c'est bien pis.
LE BAILLI, occupé de sa pèche.
Elle va mordre : autant de pris.
MADAME ROUSSEL
Eh bien!... encore cette journée Et j'mèlons nos cœurs et nos biens.
BLANCHET, à part.
La voilà donc déterminée I...
Ohl je la tiens I oh je la tiens I
LE BAILU, preDant la morue.
Enfin la bête est amenée,
Oh I je la tiens I ohl je la tiens !
BLANCHET
Adorable Manon I signeriez-vous la promesse que vous venez de me faire de vive bouche.
MADAME ROUSSEL^ arec élan.
Tout de suite!... si je savais écrire.
58 CâDET-ROUSSBL ESTURGEON
BLANCHET, de même.
Aveu charmant 1 (On entend de loin la ritournelle de l'air
suiYant.) On vient troubler notre tôte-à-tôte... allons ailleurs, et en reconnaissance de ce que vous venez de me dire, je vous ferai voir, belle Manon, tout ce que la foire peut avoir d'agréable.
MÀDAIIB ROUSSEL.
Ce n'est pas de refus, M. Blanchet, mais, vrai, je ne voudrais pas vous enduire en dépenses, et voilà déjà plus de^cent sols que je vous coûte aujourd'hui.
BLANCHET
Quand on aime, que sont cent sols?
MADAME ROUSSEL
Qu'on aime, ou qu'on n'aime pas, cent sols sont cinq francs, et ça n'se trouve pas sous le fer d'une jument.
BLANCHET
Je ne dis pas le contraire.
MADAME ROUSSEL
Ainsi, si vous me menez dans les barraques, je ne veux aller qu'aux places à deux sols.
BLANCHET
A deux sois!
MADAME ROUSSEL, impérieusement.
Je l'exige,
BLANCHET
Quelle délicatesse f toutes les vertus sociables et domestiques. (Emmenant Manon sous le bras.) Va pOUr les places à deux sols«
(lis sortent)