‹ Théatre de DésaugiersChapitre 65 sur 265 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

LE BAILLI

La morue tourne autour de l'amorce.

BLANCHET

Allons, un bon mouvement.

MADAME ROUSSEL

Air : Sans être beUç on est aimable.

Mon Dien ! qu' vot' flamme est donc pressante I

BLANCHET

Mon Dieu I qu' yoas êfs appétissante I

MADAME ROUSSEL

Si j'allais avoir deux maris I

BLANCHET

N'en pas avoir un, c'est bien pis.

LE BAILLI, occupé de sa pèche.

Elle va mordre : autant de pris.

MADAME ROUSSEL

Eh bien!... encore cette journée Et j'mèlons nos cœurs et nos biens.

BLANCHET, à part.

La voilà donc déterminée I...

Ohl je la tiens I oh je la tiens I

LE BAILU, preDant la morue.

Enfin la bête est amenée,

Oh I je la tiens I ohl je la tiens !

BLANCHET

Adorable Manon I signeriez-vous la promesse que vous venez de me faire de vive bouche.

MADAME ROUSSEL^ arec élan.

Tout de suite!... si je savais écrire.

58 CâDET-ROUSSBL ESTURGEON

BLANCHET, de même.

Aveu charmant 1 (On entend de loin la ritournelle de l'air

suiYant.) On vient troubler notre tôte-à-tôte... allons ailleurs, et en reconnaissance de ce que vous venez de me dire, je vous ferai voir, belle Manon, tout ce que la foire peut avoir d'agréable.

MÀDAIIB ROUSSEL.

Ce n'est pas de refus, M. Blanchet, mais, vrai, je ne voudrais pas vous enduire en dépenses, et voilà déjà plus de^cent sols que je vous coûte aujourd'hui.

BLANCHET

Quand on aime, que sont cent sols?

MADAME ROUSSEL

Qu'on aime, ou qu'on n'aime pas, cent sols sont cinq francs, et ça n'se trouve pas sous le fer d'une jument.

BLANCHET

Je ne dis pas le contraire.

MADAME ROUSSEL

Ainsi, si vous me menez dans les barraques, je ne veux aller qu'aux places à deux sols.

BLANCHET

A deux sois!

MADAME ROUSSEL, impérieusement.

Je l'exige,

BLANCHET

Quelle délicatesse f toutes les vertus sociables et domestiques. (Emmenant Manon sous le bras.) Va pOUr les places à deux sols«

(lis sortent)

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