ACTE I, SGÉNE Y 6i
TOUS LBS TROIS.
Non, M. le bailli, ce n'est pas nous.
LE BAILLI
Vos noms, s'il vous plait ?
PIERROT
Pierrot.
GILLES
GiUes.
PAILLASSE
Et Paillasse pour vous servir.
LE BAILLI
£n effet, ce ne sont pas ces noms-là qu'on m'a signalés. Qu'ôtes-vous ?
PAILLASSE
Trois pauvres matelots naufragés, il n'y a pas une heure.
LE BAILLI
En effet, nous avons eu à la pointe du jour un orage assez véhément.
GILLES
Qui nous a dématés.
PIERROT
Et jetés sxir vos côtes dans l'état où vous nous
voyez.
LE BAILLT.
Les pauvres diables I Et le bâtiment a donc péri?
PAILLASSE
Âht mon Dieu oui... corps et biens.
LE BAILLI
Corps et biens!... Si du moins on avait pu sauver la cargaison et l'équipage.
GILLVS.
Oui, il n'y aurait eu que demi-mal.
LE BAILLI
11 faut convenir qu'une tempête est une terrible chosey surtout quand il tonne et qu'il fait du vent.
PAnXASSB.
Gomme cette nuit^ par exemple.
LE BAILU.
Mes amis, savez-vous ce que j'aurais fait, moi, si je m'étais trouvé à votre place?
PAILLASSE
Non, quoi donc?
LB BAILU.
Je me serais noyé tout de suite, parce que la peur m'aurait coupé bras et jambes, et vous concevez qu'on nage mal sans cela ; mais ce n'est plus de cela qu'il s'agit. Vous voilà sauvés, c'est à merveille; que comptez- vous faire maintenant?
PAILLASSE
Ressource de nos petits talents.
GILLES
Et la foire d'Ëtretat ne pouvait tomber plus à propos pour nous.
LE BAILLI, lai présentant la maio.
En ce cas...
PIERROT, la lui serrant.
J'ai bien l'honneur...
LE BAILU.
Ce n'est pas...
GILLES, idem.
C'est donc moi?...