SCÈNE ri
ZANETTA
Je croyais être dans l'appartement de Mademoiselle, C'est la première fois que je me présente à votre nouvel hôtel , et...
JULIETTE
C'est bien, c'est bien. Je vous avais fait demander quelques broderies, mais maintenant ce serait inutile, je n'en ai plus besoin.
LE COMTE
Pourquoi donc, ma chère amie? Je n'entends pas que mes projets de retraite te fassent négliger ta parure; la toilette, d'ailleurs, est, dit-on;, une occupation, une consolation.
Monsieur a bien raison.
Air : Du partage de la richesse.
Oui, la toilette a toujours lait merveille; A tous les maux c'est un remède sAr ; La mariée , en voyant sa corbeille.
Souvent oublie, hélas î son vieux futur. .^ai vu même veuve gentille et belle, Quelques instants suspendre ses hélag.
Pour demander à sa glace lidèle Si l'habit noir nuisait à ses appas.
Et tout le monde vous dira ici qu'il n'y a point de désespoir qui tienne contre une pointe d'Angleterre , ou une toque à la française.
LE COMTE, k sa fille.
Ne fût-ce que pour me plaiie, allons, mon enfant, j'exige que tu choisisses ce qu'il y a de plus beau, de plus élégant, n'importe le prix.
ZAJSETTA.
Dieu! l'excellent père !
LE COMTE , à Zanetta.
Vous avez là sans doute quelques objets de goût?
ZANETTA
Oui, monsieur le comte, des pèlerines à la Neige, des plumes Robin des Bois, des échantillons de rubans à la Jocko,
c'est déjà un peu vieux... (Elle présente une boîle d'échantillons à Juliette, qui les examine avec sou père.) parcc quc le dernier cnvoi de Paris nous a manqué; car toutes les modes nous viennent de là, c'est un joug qu'il faut subir : vous conviendrez que c'est bien humiliant d'être obligé de copier servilement les bonnets
2Î4 l'ambassadeur.
de la rue Vivienne , les robes de mademoiselle Victorine ou les chapeaux à'Herbauf, quand on se sent capable de créer soimême; mais ces dames ne veuleut rien que ça ne soit de l'école française.
LE COMTE, souriant.
C'est affreux !
ZANETTA
Et cependant l'école italienne a bien son mérite ! Aussi , si je pouvais jamais aller en France, m'établir à Paris... avec les dispositions que j'ai, je suis sûre que je formerais une maison distinguée ; je poui-rais à mon tour me livrer à la composition ; mais les frais de voyage, quand on est orpheline et que l'on a éprouvé des malheurs. Ah!... (euc s'essuie le» yeux.) J'ai aussi une nouvelle forme de berret qui a fait sensation à la dernière représentation de madame Méric-Lalande , au théâtre Saint- Charles... Si Mademoiselle veut l'essayer?
LE COMTE
Sans doute, sans doute, passe dans ton appai'tement, ma chère Juliette, achète tout ce qui te conviendra.
Air de la valse des Comédiens.
Pour adoucir l'ordre dont tu murmures.
Choisis , ma chère, au gré de ton désir.
ZANETTA
C'est juste, il faut de nouvelles parures. Pour apaiser chaque nouveau soupir.
Combien ainsi la douleur a de charmes!
Ah ! croyez-moi, loin de vouloir guérir, Sans vous gêner, laissez couler vos larmes; Par le chagrin vous allez embellir.
ENSEMBLE
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KÎtrSL î^i vraiment la parure
(Juliette entre dans son appartenifent , k droite de l'acteur; Zanelta la suit apri avoir salué le comte.)