‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 200 sur 307 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LE COMTE, seul.

L'effronté ! il sait le russe comme l'espagnol ! N'importe , m'en voilà débarrassé; les intelligences, que l'on s'était sans doute ménagées dans ma maison, se trouvent rompues sans espoir, et ma fille est sauvée ! (il s'approche du bureau.) Voyons les dépèches de l'Escurial. ( n ouvre plusieurs lettres.) Note à communiquer, renseignements à demander ; (n écrit en marge.) renvoyé à mes secrétaires. ( u prend une lettre. ) Quelle est cette écriture inconnue? (u l'ouvre et regarde la signature.) Le marquis d'Aveiro , mon ai,icien protecteur, celui à qui je dus autrefois ma fortune à la cour. On l'attendait à Naples d'un jour à l'autre. U aura donc changé d'idée : voyons vite, (n lit.) « Mon cher comte, « pour la première fois que je vous écris... » (s'inierrompant.) C'est vrai. (Lisant.) « Vous me trouverez bien indiscret de dé- « buter par réclamer un service de votre amitié. » (s'interrompant.) 11 aurait besoin de moi ; quel bonheur! quoique depuis vingt ans nous nous soyons perdus de vue , je serais si heureux... (n lit.) « J'ai un lils unique qui faisait tout mon espoir, «c et dont la conduite m'abreuve de chagrins et de honte.

228 l'ambassadeur.

ft Après avoir parcouru la France et l'Italie, la chevalier s'est « arrêté à Naplos. Je ne savais à quoi attribuer les retards « qu'il apportait toujours à son retour auprès de moi. Je « viens d'apprendre enfin qu'un amour insurmontable et « indigne de lui en était la seule cause. » (s'interrompant.) Ah ! bon Dieu! (ii m.) « Oui, mon ami, c'est pour une petite fille « sans naissance, sans éducation; enfin, je rougis de le dire, « pour ce que l'on appelle à Paris une grisette, que l'héritier (c des d'Aveiro, le fils d'un grand d'Espagne, va peut-être rett noncer pour toujours à sa famille et à son pays. » (s'interrompant.) Est-il possible! (il lit.) « Les dernières nouvelles que je re- « çois m'annoncent qu'il se cache à Naples sous le nom de « Frédéric , et qu'il loge au faubourg de la Chiaya, près du <i vieux palais. Au nom de notre amitié, mon cher comte, « usez du pouvoir que votre mission vous donne, pour cher- « cher, pour découvrir le chevalier; emparez-vous de lui; « qu'il ne quitte pas votre maison; j'approuve d'avance tous « les moyens que vous emploierez pour le guérir de sa folie, « et l'empêcher de faire un pareil mariage ! Si vous me rendez « mon fils, ma vie entière de suffira pas pour reconnaître un « pareil bienfait! Postscriptum. Pour vous aider dans vos re- « cherches, je joins ici le portrait du chevalier... Vingt-cinq « ans, etc. » (Fermaut la lettre.) Pauvrc père ! ah! sans doute, je ferai pour le chevalier ce que Je ferais pom" mon propre fils! mais une intrigue... un jeune homme 1...

Air de Turenne.

Pour le découvrir, comment faire,

A Najiles , où l'on en voit tant?

Un tel emploi ne convient guère

A mon i\a;e ainsi qu'h mon rang.

D'ailleurs, et mon tc-mps et mes peines Sont consacri^s au service dn roi; El je serai lorcé d'avoir, je croi,

Ouel()u'uii pour l'aire ici los miemies.

Parbleu! voilà une occasion où j'aurais eu besoin d'un intrigant de profession; et je viens de renvoyer le seul que j'eusse a mon service; ce Saint-Jean, c'était l'homme qu'il nous fallait. Chut! le voici.

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