LE COMTE, JULIETTE
JULIETTE
Quoi! mon père, il va loger ici? avec nous? et c'est un Espagnol?
LE COMTE
Oui , le fils du marquis d'Aveiro.
JULIETTE
Du marquis d'Aveiro?
LE COMTE
Mais il n'y faut plus penser; tu dois l'oublier.
JULIETTE
Que voulez-vous dire?
Qu'il est indigne de toi, qu'il en aime une autre; en un mot, qu'il ne mérite ni ta tendresse, ni tes regrets.
JULIETTE
11 en aime une autre!
LE COMTE
Et si tu savais, ma Juliette, quelle est la rivale qu'il te préfère; une fille sans éducation, sans naissance, une petite ouvrière, sans doute.
242 l'ambassadeur.
JULIETTE
11 serait possible! non, je ne puis le croire : on le calomnie, mon père.
LE COMTE
On le calomnie, quand j'ai la preuve ! (Lui donnant une lettre.) Tiens, regarde.
Air d'Une heure de mariage.
Vois toi-même, par cet écrit.
Que c'est une autre qu'il adore.
JULIETTE
Mon cœur et s'indigne et frémit ; Mais je ne puis le croire encore..:
Oui^ c'est moi dont il est épris.
LE COMTE
Son père atteste le contraire.
JULIETTE
N'importe, en pareil cas, un fils Doit en savoir plus que son père. En pareil cas, je crois qu'un fils Doit en savoir plus que son père.
LE COMTE
Alors, s'il n'est pas possible de te convaincre. SCÈNE XIII.
Les PRÉCÉDENTS, SAINT-JEAN, dans le fond. SAINT-JEAN , à part.
Je n'ai pas d'autre moyen de rentrer ici et de venir à son secours : voyons s'il en est encore temps. (Haut.) Monsieur le comte?..
LE COMTE, l'apercevant.
Comment, drôle, vous osez reparaître chez moi?
SAINT-JEAN
Oui, monsieur le comte, malgré vos ordres, j'ai forct^ la consigne , j'ai brave votre colère pour vous rendre un service signait? , tant il est vrai qu'iui attachement vëritablc siuvit même aux plus mauvais traitements.
LE COMTE
Qui te ramène?
SAINT-JEAN
Votre intérêt. (En confidence.) Je viens vous gai-antir d'un piège infernal : on vous trompe.