‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 214 sur 307 · T. XII · texte numérisé non relu

T. XII

246 l'ambassadeur.

ZAKETTA, hésitant .

Monsieur le comte !

LE COMTE

Asseyez- VOUS et écoutez-moi. (a saint- Jean.) Et toi, reste là.

SAINT-JEAN

Que Va-t-il faire? (Le comte s'assied. Zanetta, assise, est à gauche. Saiut-Jeau se tient de'Dout derrière le fauteuil du comle , de manière qu'il peut faire des signes à Zanetta , sans que le comte s'en aperçoive.)

C'ost uni' négociation toute nouvelle poiu- moi, et je ne sais pas trop comment m'y prendre ; ma foi, allons au fait, et sans préambule, (a zaneita.) Mademoiselle, vous aimez Frédéric?

ZANETTA , voulant se lever.

Oh! oui , Monsieur, j'aime...

LE COMTE, la faisant rasseoir.

Je le sais, vous l'avez déjà dit; mais il a aussi une familh qui l'aime, qui le chérit; une famille puis^saiile qui est dé cidée à employer contre vous des moyens de rigueur.

ZANETTA

Des rigueurs ! qu'est-ce que c'est que ça? (saiut-Jean lui fai

&igne de se tranquilliser.)

LE COMTE

Je vois que vous n'êtes point pour les rigueurs, ni me non plus; je les désavoue; et comme vous me parliez c matin du désir que vous aviez de vous établir en France, j me disais: si maUemoisolK' Zanetta,dont j'iioiiore eldoiit j'es time le talent, veut transplanter à Paris les modes et le grâces napolitaines, je me fais fort de subvenir aux frais d voyage et d'établissement.

ZANETTA

Quoi! Monsieur, vous auriez la bonté?..

LE COMTE

Je pensais que mille piastres poiuraient peut-être suffire.

ZANEITA.

Mille piastres ! (Saint-Jean lui fait signe de refuser.) mille pidStl'C

pour quitter ces lieux , pour quitter Frédéric !

Deux mille !

ZANETTA

Comment î Monsieur, vous pouvez supposer qu'une passio

SGÈNE XV. -247'

comme celle-là, aussi pure, aussi délicate... non certainement, non jamais!..

LE COMTE

Trois mille.

ZANETTA veut se lever, et Saint-Jean lui (ait toujours signe de refuser.

Trois milleî ah! j'ai besoin de me répéter que j'aime Frédéric. Laissez-moi, Monsieur, laissez-moi, craignez de m'outrager, craignez d'insister...

LE COMTE

Quatre mille.

ZANETTA

Quatre mille! (Même signe de Saint-Jean. A part, en se levant.) Ma

foi, M. Saint-Jean dira tout ce qu'il voudra. (Haut.) Certainement, monsieur le comte, j'aime Frédéric, et je l'aimerai toujours; d'abord ce pauvre Frédéric!., mais l'intérêt d'une famille, le devoir, quatre mille piastres, et puis, ce qu'il y ide plus précieux pour une demoiselle, c'est la perspective i'uii établissement, car enfin Frédéric ne pouvait pas m'épouser.

LE COMTE

Non , sans se brouiller avec sa famille ; et vous ne voudriez pas faire son malheur.

Dieu! que me dites-vous là! Le malheur de Frédéric! plutôt aae sacrifier!

LE COMTE

Air lie Céline.

Ainsi, (luelle est votre léponse?

SAINT-JEAN

Ah! je tremble do la prévoir! ,

ZANETTA

il le faut, à lui je renonce ; J'immole l'amour au devoir.

LE COMTE

Quand c'est le devoir (|u'on écoute,

111 finit toujours, mon enfant.

Par rapporter plus ((u'il ne coûte.

ZANETl'A.

Ab! je le vois en ce moment.

LE COMTE

Il rapporte plus qu'il ne coûte.

248 L'AMBASSAl>ELn.

ZANETTA

Ah! je le vois en ce moment.

SAINT-JEAN, frappant du pied. A part.

La petite sotte ! qui s'avise de penser à sa fortune. SCÈNE XVI.

Les précédents, FRÉDÉRIC.

FRÉDÉRIC

Monsieur le comte, je venais... Ahl pardon, vous êtes oc cupé.

Vous n'êtes pas de trop, approchez, jeune homme. (Le prenaa

par la main et le menant devant Zauetta.) 11 est temps de parler franchement.

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