ACTE I, 6Ct.\E
minuit. Enfin, c'est la ville à la campagne, c'est Paris au mil^^u du Lyonnais.
^H^ PINCHON
^^T)ieu! s'amusent-ils ces Parisiens! et c'est M. le comte qui reçoit, qui héberge tout cela. V'ià un digne homme ! Air de l'Écu de six francs.
C'est un brave et bon militaire, Un honnête homme, Dieu merci ; Quand on s' mêl' d'être millionnaire.
Il faudrait l'être comme lui.
Aussi chacun l'aime à la ronde;
tCar son bras est à son pays.
Son cœur est à tous ses amis, Kt sa fortune à tout le monde.
Et son lils , nol' jeune maître , c'est un gaillaid celui-là ! Ah! ah!
SUZETTE
Taisez-vous donc; ne parlez pas si haut, car il est là; il doit.
(l)ésignant la chambre à gauche.)
PINCHON
Ah! c'est la porte de su chambre! Est-ce qu'il est malade, par hasard?
lî SUZETTE.
T Eh ! vi'aiment oui. Hier, il est sorti de ce bal avec la fièvre : et cela n'a fait qu'augmenter cette nuit, du moins à ce que m'a dit Bertrand , qui est déjà entré dans son appartement.
PINCHON
Ça ne m'étonne pas. Avec un air si doux et si gentil, il paraît que c'est un diable, du moins à ce que m'a dit madame Pinchon; et quand on est le fils d'un général, qu'on a dix-huit ans, de la fortune et une jolie tournure, (»n fait tout ci' (m'on veut, n'est-ce pas, madeiuoiselle Suzetle? Mais vous-niéine qu'avez-vous donc? plus je vous regarde, et plus je vous trouve changée; non pas que vous soyez toujours fraîche et bien gentille , mais les autres années vous étiez si gaie, si étourdie , toujours sautant, toujours courant; et maintenant je vous vois triste et rêveuse. Est-ce que par hasard il vous serait survenu des chagrins?
SUZETTE
Est-il étonnant d'en avoir lorsqii'on est orpheline, lorsqu'on est seule au monde?
te
PINCHON
Seule ! vous ne l'êtes pas. N'avez-vous pas été recueillie et élevée par madame la comtesse, auprès de laquelle vous étiez femme de chambre, il est vrai, mais qui vous a toujours traitée comme son enfant; et après la mort de cette digne dame, son mari, à qui elle vous a recommandée, n'a-t-il pas toujours eu pour vous les mêmes soins, la même tendresse? Et voyez-vous, mademoiselle Suzette, j' gagerais que l'intention de M. le comte est de yous donner une dot et un épouseur.
SUZETTE
Il serait vrai?
PINCHON
Tout le monde le dit dans le pays.
SUZETTE
Je l'en remercie; mais je ne tiens pas à nie marier.
PlNCHON.
Bah I madame Pinchon disait aussi comme vous, et maintetenant demandez-lui-en des nouvelles. En tout cas, et si vous vous décidez, j'ai un parti à vous proposer, un parti auquel je pense depuis longtemps; mais ma femme vous en parlera, parce (lue, dans notre ménage, c'est moi qui ai les idées et
c'est elle qui a la parole. (On entend une sonnette dans la chambre du f.iud.)
SUZETTE
Tenez, tenez, c'est M. le comte qui sonne son valet de chambre, qui vous dira si vous pouvez entrer.
PI.NCHON.
Air : Dieu tout-puissant par qui le comestible.
Dépèchons-nous, il sortirait peut-être,
Et je m'en vais, en fermier dili[;eiit,
A son lever, otl'rir à notre maître
Mes humbr& respects, ainsi (pie mon argent.
(a Suzette.) Pour vous, (piitti'z cet air liiste et sévère; Que la p.ltè vienne charmer vos jours; Kt si V rhàteau ne vous en offre guère, i
V'nez à la ferme, on en trouve toujours.
ENSEMBLE
. SiZETTK.
Dépécliet-vouB, etc.