‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 2)Chapitre 250 sur 307 · ACTE 1, «îCKNF, \I · texte numérisé non relu

ACTE 1, «îCKNF, \I

SUZETTE

Plus que moi, plus que ma vie, mais non plus que mes devoirs.

M. DE nnEMONT.

Eh bien! ce sont ces devoirs que j'invoque et que jeté rappellerai. Orpheline, abandonnée de tous, tu allais périr quand ma femme t'a recueillie; elle t'a élevée comme son enfant, mais bientôt sa tendresse inquiète s'alarma de l'attachement qu'Edouard te portait, et prévoyant à son lit de mort les malheurs de l'avenir, elle t'a écrit, et sa lettre, la voici.

SUZETTE

Oui, c'est bien son écriture, et c'est à moi qu'elle s'adresse.

(Elle baise la lettre, l'ouvre, puis la lit tout bas avec émotiou.^ 0 ciel ! ma

bienfaitrice implore ma pitié! elle me recommande votre bonheur et celui de son fils. (Tombant aut pieds de M. de Bremont.)

Monsieur, je suis à vos pieds ; ordonnez de moi et de mon sort.

M. DE BREMONT, la relevant.

Suzctte, Suzette, c'est moi qui te remercie; ne parle plus de bienfaits, c'est moi (|ui suis maintenant ton débiteur.

SUZETTE

Que dols-je faire?

M. DE uremont.

Renoncer à Edouard, à ton amoiu-.

suzette.

Je vous l'ai déjà promis.

M. DE bremont.

C'est peu encore, il faut lui ôter tout espoir; il faut te faire à toi-même un devoir de roublier,'et pour cela, Suzette, il faut te marier, et sur-le-champ.

suzette.

0 ciel ! (se reprenant.) Je tiendrai ma parole, Monsieur; je vous obéirai.

M. DE miKMONT.

Tu peux t'en rapporter à moi-même du soin de ton bonheur, du soin de te choisir un honnête homme, un galant homme.

SUZETTE

Présenté par vous, cela suffit; je l'accepterai.

M. DE IIREMONT.

Et, quant à votre avenir, quant à votre fortune...

SUZETTE, rinterrorapant.

Ah! Monsieur...

M. DE UnEMONT.

Pardon , je t'ai offensée : on ne paye pas de pareils sacrifices; mais l'amitié, du moins, peut les acquitter, et la mienne est à toi pom* la vie.

SL'ZETTE, se jetant dans ses bras.

Ah! voilà tout ce que je demande.

M. T>E BREMONT

Allons, allons, il faut du courage; laisse-moi, laisse-moi, mon enfant; je vais penser à tout cela, et je compte sur toi; j'y compte.

Page 1