SCÈNE PREMIÈRE
IllARIANNEj seule, assise auprès de la table, et tricotant; elle tient sur ' ses genoux une chatte blanche endormie.
M^^maître ne revient pas. Depuis ce matin qu'il court oural^ille de Biberach, il n'aura rien trouvé, c'est sûr. Pau- Te Guido ! le plus beau jeune homme de toute la Souabe ! un euiie homme si bon, si aimable, qui avait tant d'amis quand l avait de l'argent !.. ils sont tous partis, et de tous ceu,x qui lînaient chez nous, il n'est resté à la maison que notre chatte, ette pauvre Minette, qui, dort là, sui' mes gtnoux,,ct dont il ludra se séparer aussi. La cuisinière du gouverneur m'en a iéjà offert trois llorins, que j'ai refusés. Trois florins ! la fourure seule vaut cela. Sans compter son caractère ! Cependant 3 serai bien obligée d'en venir là, par intérêt pour elle; cajn, nous n'avons pas même de quoi la nourrir. Entends-tu, linotte, tu ne seras pas à plaindre; c'est moi! parce que les battes, c'est la passion des vieilles gouvernantes, et, depuis la
mort de mon mari, je peux dire, foi d'honnête femme, que c'est le seul attachement que je me sois permis.
Air du vaudeville de la Robe et les Bottes. Le ciel voulut, dans sa sagesse, Que notre cœur en tout temps s'attachât. Jeune, on est tendre ; et quand vient la vieillesse. Afin d'aimer, on aime eiicor son chat.
Des chats pourtant le naturel est traître.
Ils trompent qui sait les chérir.
C'est pour cela qu' nous les aimons peut-ôtre : Des amants c'est un souvenir.
(A la fin de ce couplet, elle se lève et va placer Minette endormie sur le lit de repos, dont un des rideaux seulement est entr' ouvert, et de manière que la chatte n'est plus vue des spectateurs. On frappe en dehors.)
Ah! mon Dieu! c'est notre maître. . ne lui pailons pas de l'idée de vendre Minette; car il l'aime tant qu'il se laisserait plutôt mourir de faim.
GUIDO , en dehors.
Marianne I Mai'ianne!
MARIANNE, qui a posé Minette sur le lit, va ouvrir.
Voilà, voilà.