SCÈNE ir
MARIANNE
Est-il possible î vous n'avez donc rien obtenu des débiteurs le votre père ?
GUIDO
Ah bien oui ! si tu avais vu les mines allongées qu'ils m'ont faites !
Air du vaudeville de VEcu de six francs.
L'un ne pouvait me reconnaître ; D'iinlres avaient eu des m;ilheurs...
Puis je les voyais disparaître.
MARIANNE
Il fallait les poursuivre ailleurs.
Et rejoindre ces enjôleurs.
CUIDO.
Impossible, je te le jure; Je ledoniiu aux plus fins coureurs; Depuis qu'ils ont eu des malheurs.
Tous mes débiteurs ont voiture.
El moi je suis à pied! c'est comme ça que je suis venu de Trieste, et c'est comme ça que je m'en retournerai.
MARIANNE
C'était bien la peine de venir en ce maudit pays! je vous demande à quoi ça vous aura servi.
Giupo,
A nous instruire, Marianne : on dit que les voyages forment la jeunesse, ainsi...
MARIANNE
Les vôtres, jusqu'à présent, ne vous ont appris qu'à faire des folies et des...
GUIDO
Et des bêtises, vous voulez dire, Marianne, allez toujours, jque je ne vous gêne pas ; parce que j'ai eu les passions vives i fougueuses, on croit que j'ai perdu mon temps et ma jeunesse; c'est l'opinion générale, je lésais; mais ce n'est pas la mienne, et les opinions sont libres. D'abord à Loipsick, où l'étais censé étudiant, je n'ai pas étudié, mais j'ai lu Werther X le docteur Faust, qui ont encore ajouté à l'exaltation natuelle de mes idées, voilà pour la littérature ; plus tard, je me iuis lancé à l'Opéra de Stuttgard , où les plus jolies bayadè- •es... Tu sais comme elles dansaient!
MARIANNE
Et VOS écus aussi !
Voilà pour la connaissance des femmes ! Enfin ici , à Bibi rach, où j'étais venu pour recueillir quelques débris de noti maison de commerce, j'ai trouvé des amis intimes, qui, aprî avoir mangé avec moi la succession paternelle, m'ont fern leur porte au nez. Voilà pour l'étude du cœur humain ! Voili Marianne, voilà ce que j'ai appris; de quoi te plains-tu?
MARIANNE
De ce que vous ne voulez rien faire pour sortir de l'état o vous êtes... Pourquoi avoir refusé d'écrire à votre oncle, qi habitait cette ville, et qui était si riche?
GUlDO, vivement.
Mon oncle, Marianne! je vous ai défendu de prononcer so nom devant moi ; c'est lui , c'est cet honnête négociant qui ruiné mon père, avec ses comptes à parties doubles. D'ailleu il aurait eu de la peine à me répondre , puisqu'il est mort.
MARIANNE
Il fallait s'adresser à son intendant, M. Schlagg.
GUIDO
Cet astucieux personnage! qui, quand j'étais petit, s'anu sait toujours à mes dépens ; m'a-t-il attrapé de fois, celui-là ! mais il ne m'y reprendra {)las.
MAIUANNE.
Mais au moins, votre jeune cousine, avec laquelle autrefo vous avez été élevé, et qui est, dit-on, si espiègle, si malign^ et pourtant si bonne; elle voulait réparer les torts de so père ; elle vous avait fait proposer sa main ; elle a tout teni pour voUs voir : vous avez toujours refusé.
GUIDO
Et je refuserai toujours.
MARIANNE
Et pourquoi, je vous le demande? ^«^Hi
GIIIDO.
Pour deux raisons : la première , je te l'ai déjà dite, pan que je suis misanthrope; et la seconde...
MAIUANNE.
Eh bien? •^
GUIDO
Je ne te la dirai pas.