SCÈNE m
Comment - Redouter un enfant?
IP MADAME DUMESNIL
Eh ! mais , d'où viens-tu donc ?
De la ferme, où j'ai déniché des œufs, et j'en ai plein ce panier, où ils sont tout chauds; comme c'est gentil, tiens, maman. (Elle le pose sur la table.)
MADAME DUMESNIL, à part.
A merveille, cela servira pom- mon déjeuner; (Haut.) mais courir ainsi le matin , au soleil , pour se gâter le teint.
CAMILLE
Oh! je n'y tiens pas; c'est si amusant de courir dans la campagne, par une belle matinée de printemps. J'ai respiré le bon air, j'ai cueilli des bluets, et j'étais heureuse... je ne sais pourquoi; mais enfin, je me trouvais hem'cuse.
MADAME DUMESNIL
De sorte que tu ne désires rien.
CAMILLE
lUeti que de rester auprès de toi, auprès de mon père , et de ne jamais vous quitter; je viens d'avoir un si grand bonheur. Imagine-toi, maman, qu'en arrivant à la ferme, j'ai demandé une jatte de lait et un grand morceau de pain bis.
MADAME DUMESNIL
Comment! est-ce que tu aurais déjeuné?
CAMILLE
Juste; c'est si bon du pain bis et de la crème.
MADAME DUMESNIL, à part.
Ah! mon Dieu! ce jeune homme qui va arriver; quelle mine fera-t-elle à table? (Haut.) Je vous demande de quoi vous allez vous aviser?
Tu as peur que ça me fasse mal; mais sois tranquille, je vais faire d'ici au dîner une promenade à àne; déjà j'ai donné mes ordres.
MADAME DUMESNIL, à part.
Il ne manquait plus que cela; s'en aller au moment où son futur... (Haut.) Non, Mademoiselle, vous resterez; je le veux. Mais comme te voilà faite ! Pourquoi n'as-tu pas mis une robe qui fût mieux que celle-là?
s LA DEMOISELLE A MARIER.
CAMUXE.
A quoi bon ? c'est celle de tous les jours , et vous m'avez dit qu'il ne fallait pas être coquette.
MADAME DUMESML.
Tu as raison : c'est-à-dire, cependant... il y a des occasions... Dis donc , Camille , on a porté dans ta chambre une robe rose que tu devi'ais bien essayer, pour que je voie comment elle te va.
AIR du vaudeville des Amazones.
En même temps, si j'étais à ta plare.
Moi, je mettrais tes souliers de satin; Ils vont si bien, ils donnent de la grâce.
CAMUXE, étonnée.
On attend donc du monde c' matin ?
MADAME DUMESMIL.
Non pas, vraiment; mais vous devez m'cnteiulrc : En général, je vous fais observer Qu'à dix-sept ans on doit toujours attendre. On no sait pas ce qui peut arriver.
Qu'et^t-ce qu'il va donc arriver?... Je ne sais pas ce que maman a ce matin.