SCÈNE VI
Les précédents, ESTELLE.
iiOISNICHON.
Mademoiselle, j'ai besoin de faire faire mon portrait, et je le suis décidé à venir vous trouver. Votre talent, votre répution , votre nom même...
ESTELLE
Mon nom!
BONNICHON
Oui ; mademoiselle Estelle, n'est-ce pas? C'est un nom que iimc! Mademoiselle, pouvez-vous m'expédier un peu vite?
ESTELLE
Est-ce en buste ?
BONNICHON
Non, parbleu! en pied, tout ce qu'il y a de plus beau, pen- Uit que j'y suis.
LOUISE, lui doiiiinnt une chaise.
Si Monsieur veut s'asseoir?
ESTELLE
Je vais toujours faire une esquisse.
BONNICHON
Je voudrais être représenté au milieu de ballots de sucre et î café, et puis autour de moi trois ou quatre cents nègres.
LOUISE
Trois ou quatre cents nègres !
T. XIU. ' 7
102 l'ongle d'amérique.
BONNICHON
Oui, ma belle enfant; je suis propriétaire en Amérique) Saint-Domingue. C'est loin, n'est-ce pas? on n'y va pas i pQste.
Air de Partie carrée.
Négociant des plus intègres, J'y suis fameux par mes plantations; J'ai là des champs, des maisons et des nègres A peu près pour deux millions !
Eh quoi! des noirs?
BONNICHON
Un produit magnifique!
Va, la couleur n'y fait rien, mou eufanl : Qu'il soit venu d'Europe où d'Amérique, L'argent est toujours blanc.
LOUISE
Mademoiselle, que c'est glorieux pour vous de faire un po trait qui ii'a en Amérique !
BONICHON, à par».
Je crois que c'est le moment... (Haut.) U faut bien que j retourne, puisque je n'ai plus de liens (lui m'attachent à France; je ne suis que trop certain de la mort de ma pauv sœur !
LOUISE
Votre sœur! Oh! mon Dieu! Mademoiselle, il avait u sœur, et il arrive de Saint-Domùiguc!
BONNICHON
Oui, j'avais imc .sœur. Hélas! elle n'est plus; elle est moi ici, à Paris! loin de son bon frère. J'aurais voulu la serr dans mes bras, j'aurais voulu adopter sa lille.
ESTELLE
Sa fille!
BONMCHON.
Cette chère Estelle Deschamps!
LOUISE
Mademoiselle, c'est lui !
BU^NICH0tH.
Que dites-vous! vous seriez?..;