ACTE Ys SCÈNE III. Sl
ADRIEMNE.
En ouvrant ce coffret... j'ai éprouvé une sensation douloureuse... un souffle glacial qui parcourait mes sen^,.. c'éti^it comme un présage du coup qui m'attendait...
MICHOMNET.
Que contient donc cette boîte?
Mon bouquet ! [u prenant à u min,] Je le reconnais.., celui qu'hier je ieuais à^ la main lors de son arrivée! demandé par lui... donné par moi comme un gag^ d amour.., il pouvait le dédaigner, l'oublier, le jeter à l'écart I... mais me le renvoyer exprès!... mais joindre rafifront au mépris..,
MICHONNST.
Cela ne vient p^ de lui!... c'est cette rivale qui Fj^ra fercé!
ADRIENNE, sf l«nnt avae indignation.
Devait-il obéir? et tout esclave qu'il est, ne devait-il pas se révolter à l'idée seule d'insulter celle qu'il a aimée ! ({^etombam .ur i«
fauteuil, près de la cheminée, en tenant à la main le bouquet de fleora qu'elle regarde
quelque temps en silence.) Flcurs d*un jour, hier si éclataules, aujourd'hui flétries, vous qui aurez duré plus longtemps encore que ses promesses ! Pauvres fleurs, reçues par lui avec tant d'ivresse et de joie, vous ne pouviez plus rester sur ce cœur où il vous avait placées et dont une autre m'a bannie! Exilées et dédaignées comme moi, je cherche en vain sur vos feuilles la trace des baisers qu'il y imprimait!... que celui-ci soit le dernier que vous reéàvrez, celui d*ùn adieu éternel! (Erté porte avec force le bouquet à se' litre*.) Oui... oui... il me semble que c^est eelui de la mort .. et maintenant.,, qu'il ne reste plus rien de vous, ni de mon
amour... (EIIo jette le bouquet dans la cheminée.) MICHONNET.
Adrienne ! . . . Adrienne ! . . .
ÀDAIENNE, te letant et s'appuyant sur le marbre de la cheminé*.
Ne craignez rien! (Portant la main sur aon cœur.) Cela va mieux I (Regardant du c6ié de la cheminée.) Je suis fortc maintenant... jc n'y pense plus!...
scËNË ni.
ADRIENNE, MAURICE, se précipitant par la porte dij fond, MICHONNET. Maurice, à la cantonade et comme parlant à la femme du «-hambre. qui veut le retenir.
Ë11Q.Y sera pour moi, vous dis-je? (Gourant à Adrienne.) Adricnue !...
213 AERIENNE LEGOUYIIÊCTR.
ADRIENNE^ se jetant inTolontairement dans ses bras. Maurice!... (Voulant se dégager de ses bras.) Ah\ qu'ai-jc fait?... lals-
sez-moi! laissez-moi!
Non, je viens tomber à tes pieds ! je viens implorer mon pardon! Si je ne fai pas suivie quand tu me Tordonnais... c*est que j'étais retenu par le devoir, par l'honneur... par un bienfait dont le poids m'accablait... je le croyais, du moins! et je ne voulais pas laisser finir cette journée sans dire à la princesse : Je ne puis accepter votre or, car je ne vous aime pas, car je ne tous ai jamais aimée, car mon cœur est à une autre... Mais, juge de ma surprise!... aux premiers mots que je lui adresse... en m'écriant : a Je sais tout ! je sais tout!... » tremblante... éperdue... elle, qui ne tremble jamais... tombe à mes pieds et avec des larmes feintes ou véritables, m'avoue que Tamour et la jalousie Font égarée, qu'elle seule est la cause de ma captivité!... elle ose me l'avouer... à moi, qui pensais lui devoir ma délivrance...
ÀDR1ENNE.
Ociel!...
MAURICE, eontinuant avec ebalear*
A moi ! qui, honteux et désespéré de ses bienfaits, venais implorer seulement quelques jours pour m'acquilter,dussé-je jouer mon sang et ma vie!... et j'étais libre... libre de la mépriser, de la haïr .. de l'abandonner! libre de courir vers toi et de me réfugier à tes pieds i ma protectrice, mon boa ange... m'y voici. (Tombant à ms genoux.) Ne me repousse pas
Faut-il te croire?
MAURICE
Par le ciel!... et l'honneur, je t'ai dit la vérité... quelque difficile qu'elle soit à expliquer... car, renversé du haut de mes espérances, arrêté, jeté dans un cachot, j'ignore encore quelle main m'a délivré, et j'ai beau chercher, je ne puis découvrir par qui me sont rendus ma liberté, mon épée, et un glorieux avenir peut-être; le sais-tu? peux-tu m'aider à le deviner?
ADRIENNE, baissant les yeux.
Je ne sais!... je ne puis dire...
MICHONNET, qni, pendant la tirade précédenta, a remonté le théAtre, pas entre eux deux.
*>(ae c'est elle 1... elle-même.