‹ Théatre de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 192 sur 265 · SCÈNE VIU · texte numérisé non relu

SCÈNE VIU

MARGUERITE et CHARLES- QtJINT, us» prèi l'un de l'tutN à !• g«o«ke d«

thêfttra; GUATTINARA^ entnot par le fond.

GUATHNARA, «tapifUt.

Cfel!... l'empereur, en tète-à-tête avec Marguerite!

CHABLES-QU1NT, se retoonunt an brait.

Ah! c'est toi, Guattinara? Entra et attends. (Vargnerite et Chtriei-

Quint, ajsis à gauche da théftU'e, causent i voix baMe en ayant l'air de le dire matuellement quelques obserYationt.)

GUATTINARA, loin d'eux, debout, i droite du théfttre.

Et ne pouvoir deviner ce qu'ils se disent!... c'est à en perdre la tète... et ma charge, peut-être... car c'est ma ruine que l'on médite !... Hier favori, aujourd'hui disgracié!... Il n'a fallu pour cela qu'un mot d'une femme!... Ah! je trouverai moyen de me réconcilier avec la reine !. .. Puisqu'elle me redemande ses lettres, tantôt, à l'heure ordinaire, elle me verra... Je presserai, je prierai, je pleurerai même s'il le faut...

CHARLES-QUINT

Holà I quelqu'un ! (Babiéça sort du cabinet à gauche.) Que l'OU VOie à

nous trouver M. le comte d'Albret, et qu'on le prie de vouloir

bien venir. (Babï^ça s'incline, sort par la porte à droite et tentre quelques instants

après. S'adressent à GuatUnara.) Toi, Guattiuara, approchc, ct surtout pas un mot, pas une réflexion sur les ordres que je vais te donner. Je ne te permets rien... que de les exécuter avec zèle et discrétion. Tu feras préparer, en sortant d'ici, le plus bel appartement du palais pour notre frère et allié le roi de France.

GUATTINARA, à part.

cielî... Marguerite l'emporte !

De plus, tu vas à l'instant même, et sous mes yeux, écrire au roi de Portugal que les impérieuses nécessités de ma politique ne me permettent pas, à mon grand regret, de donner suite à notre projet d'alliance entre nos deux maisons.

GUATTINARA, vivemeoU |

Comment, sire, il serai l possible ! . . . !

CHARLES-QUINT, gravement. !

J'ai défendu, Guattinara, la moindre réflexion. Nous ne sommes pas ici au conseil ; je ne discute pas, je commande

GUATTINARA, à part.

Quels regards sévères!... Est-ce qu'il se douterait de quelque

310 LES CONTAS P£ LA. REINE P£ NAYARHE.

chose?... est-ce que Marguerite... toujours Marguerite... aurait découvert cet amour-là comme celui de Sanchette? (Sur nn çesie da

roiy il s'utied devant la tabla li droite et éerit.\

CHARLES-QUntT, i Babiéça, qui rentre en ce B^omtqt par la porte k droite.

Tu te tiendras prèt^ Babiéça^ à partir à Tiastant pour . Lisbonne.

BABliÇA; étMad.

Moi^sire!...

CaARLBt QOtRT.

Gela te eontraridf

BABIÉÇA.

r^on, sire.., parce que maintenant Je n'àl plus d'Inquiétudes. Sanchette m'a expliqué la chose d'une manière si simple.,,

CHARLES-QUINT. n«rt.

Ah! ah!...

BABIÉÇA,

Votre Majesté avait décidé qu'ellq po^ti^rait 4ê^rniais les couleurs de la nouvelle reine...

CgAiULÈS-QUINT,

(Test vrai!

BABI^Ç^,

Et alors on l'avait chargée de mettre un nouveau nœud 4e rubans au chapeau de Votre M^ijesté.

CHARLEÇ-ÛUIWT.

C'est l'exacte vérité!

BABIÉÇAy fitemwt.

J'en ét^i$ sûr... et malgré cela> cela me fait plaisir que le roi

me Tait dit... (Se retournant Tç^i Giitttin^ra qM écrit 4 la table i droite, et parlant i

haute Toiz.) Le roi, au moins^ est rassurant.,

CHARLES-QDINT, lai tvM^t aigat de U main de se taire. C'eut bon,. CÇla SUfAt !... (Il «# remet à eaa«4f 1|M «TM M»rva«iite, et p«adant ce temps BaLiéfa «'adrease à demi-voix à Griiattinara.) BABIÉÇA.

Le roi est rassurant... ce n'est pas conime yous« seigneur Guattinara^ qui êties toujours à m'eïfrftyer et à me dire : Prenezgarde !... Encore hieryM. Henri (J'Albret 4ont von^ me disie? de me défier...

GUATTIMARA^ à part, }iausMJit les «paalw.

Parbleu !

BABIEÇA^ i demi-Toix et arec satisfaction.

U songe bien 1^ <n«i femme ! u en aime une autre^ le brave

AiGTB TV, soiNi a. 311

jeii/)e boonme ! \im l^utrç hm plus belle^ madame Marguerite. Que dis-tu ?

BABIÉÇA.

Sanchelte en est sûre^ et moi aussi. ••

GUATTINARA^ yIvmbmI.

Sanchette...

BABIBÇA.

Oui!

GUATTINARA^ m lenat et à part.

Quand la disgrâce est certaine^ on peut tout risquer... a toix bMi« k Hni^égh iT'e on iMt« imp^uf.) Quol quo tu eutendes^ sur ta tète et VtO* oeUe d« ta femme^ tai^^toi .

BABIÉÇA^ ellnyé et à ▼oix htata.

Moi!...

GHARLES-QUINT^ te retoanaal.

Qu'y a-t-il?

ai^ATTUIAIlA.

Une bien terrible nouvelle, aire, que m'annonce Babiéça ; on dit que par désespoir le jequQ comte d'Albret vient de se donner iapiort,

MAMGUmRl^ M levult TlTement et «« loateniqt | petDflt

Âhl

SGËNB IX.

Lb8 précédents, flENRI P'A^^BRET.

HENRI, «ntraiit p#r la porte de droite.

Slrel...

l|A|lQPmtlTE> lUper«oite^ jette an eri perçant. Henri !.., ^Uf p^eee Mnn% le »ei et ftvattinara, et s'élance veri d'Albret,) Henri! fPaù elle s'arrête et re«|e immekiile »a milieu f|i) théitre ; Henri fui, en entendant son eri de terreur, avait couru l «lie, s'arrête é^alçment.) CHARLESrQUlNTj s'a^prochant de Goattinara çt fronçant le soaroU en wentnat Henri.

Eh! le voici!... Qu'est-ce que cel4 signifie, Monsieur?

GtATTm^RA^ i denii.Tqi^,

Votre Majesté avait défendu à son fidèle serviteur la moindre objection, il a essayé, sans parler, d'éclairer son roi. Que le roi... observe et juge!

CHARLES-QUINT^ fail un geste de surprise et dt oolère, puis il prend sur lui, se contient, pasâe entre Marguente et Henri qu'il observe quelques invlants eq silence, et enfin a'adreeeant 4 4'^'i>'€(-

Monsieur d'Albtet, vous descendez des anciens comtes de

312 LES CONTES DE Ul REINE DE NÀYAREE.

Béarn et de Navarre. Nous avons quelque intentioa d'ériger cette province en royaume et de vous en donner Tinvestiture...

GUATTINARA^ à pvt.

Serait-ce possible!...

CHARLES-aUINT»

Que dites-?eus de cette idée?

Je remercie Votre Majesté d'un tel honnenr... mais je n'ai n assez d'ambition pour ledésirer^ ni assez de mérite pour Pdicepter.

CHARLES-QUlNT.

Ah!... vous n'avez pas d'ambition... vous!... (à iiargoe;M.j Gela fait supposer alors qu'une autre passion l'absorbe tout eit tier... passion profonde !...

MARGUERITE, «tm troubla.

}e pense comme Votre Majesté.

CHARLES-QUINT^ la rof ardant attentÎTemenk

Dans ce cas, il est rare qu'on dévoue ainsi toute son existence... à une recherche ingrate et stérile... qui ne serait couronnée d'aucun succès... Ne le pensez-vous pas, Madame^.-

(Ifargnerila Teat répondra, mai* sous lo regard do roi qui i'obsarfo... elle se Irosble «t garde le «10006. Charles, après avoir ieté un dernier coup d'osil su Maifnerite tt m Henri, s'adroiio froidement k son mini.^tre.)

CHARLES-QUINT

Guattinara, le roi de France ne quittera pas sa prison, et ta n'écriras pas au roi de Portugal!

GUATTINARA, à part.

Enfin, et non sans peine, je l'emporte !

CHARLES-QUIMT, s'approcaani ae marfaeriM et l demi-voix.

Charles-Quint ne se plaindra pas ! Où d'autres verraient peutêtre un sujet de reproches, il ne verra qu'un nouveau sujet d'admiration ! Vous vous immoliez pour votre frère, M..Jame, c'est beau, c'est magnanime ! mais je n'accepte point de sacrifices. De tout ce qui est arrivé depuis hier, je ne conserverai ni trace, ni souvenir; ce n'est pas même du passé ! c'est un songe^ et cbacuo de nous, au réveil, reprend son rôle et ses droits.

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