ACTE î, SCÈNE III. 34S
LÉOMIE.
Oui!... oui!... je me rappelle maintenant... cette évasion qui excitait l'enthousiasme de M. Gustave de Grignon.
LA COMTESSE
Notre jeune maître des requêtes.
LÉONIE
Il n'avait qu'un regret, c'est de n'avoir pas été chargé d'une pareille expédition; is'est beau !... c'est brave!...
LA COMTESSE
Il a de qui tenir ! Sa mère^ qui avait comme moi traversé toutes les guerres de la Vendée, sa mère avait un courage de lion !
LÉomE.
C'est pour cela que 11. Grignon parle toujours, à table^ d'actions héroïques.
LA COMTESSE
Et le curieux, c'est que son père était, dit-on, peureux comme un lièvre !
LÉONIE
Vraiment!... c'est peut-être pour cela que l'autre jour il est devenu tout pâle quand la barque a manqué chavirer sur la pièce d'eau!
LA COMTESSE, rknt.
A merveille I... vous allez voir qu'il est à la fois brave et poltron!
LÉONIE
Je le lui demanderai.
LA COMTESSE
Y penses-tu ?
LÉONIE
Aujourd'hui, en dansant avec lui, car nous avons un bal et un concert pour votre fête... et j'ai déjà pensé à votre coiffure, un azaléa superbe que j'ai vu dans la serre et qui vous ira à merveille I
LA COMTESSE
Ck)quette pour ton compte... je le concevrais! mais pour ta tante !...
LÉONIE
C'est tout naturel!... vous c'est moi ! tellement que quand on fait votre éloge, ce qui arrive souvent, je suis tentée de remercier. (Se mettaatà genoux près da canapé à droite on ett asMM la comteue.) AuSSi
iàH BitAIItE DB DÂinb.
jugez de ma joie quand ma mère m'a permis de venir passer un mdis iei^ aupi^ de ibm:.. 11 me semblait c|Ue rien qu'eii vbus regardant^ j'allaiil devenir parfaite... Vous souriez.;, est-ce que j'ai mal parlé?...
LÀ cMtESse.
Non. chère fille^ car c'est ton ccbur qui parle... Si je souris, ft'ëât dé tés ilidsiotiâf! «Tedt de ta caUdeur à tue dire : le yotis admire!
LÉONtÊ.
CTèst si irkil k la toaison l'on me vaille parfois et l'on répèle Ènni be^se : <Jh ! qtiarid Lédiiie a dit... Ma UirOe, elle a tout Bit! On a raison... la mode que vous adoptez^ la robe que je vous vois, me semblent toujours pliis belles qu'aucune autre... On dit itiêine, voas ne àâvei paë; taa tante ? tin ait iftie j'italte votre démarche et vos gestes... c'est bien sans le savoir. Et quand vbus m'embrassez en m'appelant : Ma chère fille! je suis presque aussi hëutehse qdë 31 j'entendais îna mhte f
LA COMTESSE^ Pembruiant
Prends garde!... prends garde... il ne faut pas me gâter ilirisi... J'aurai trop de chagrin de te vdiir partir... Ce sera tita jeunesse qui s'éh tta!
LÉOMTE.
Mais vous êtes trè$-j<sulie^ à votiâ toute seule^ ma tante !
LÀ bOMTESSis.
Certainement... d'une jeunesse de... Voyons? devine uii peD le chiffre...
LÉONIE
Je ne m'y connais pas^ ma tante !
LACOMTESSB.
le vais t'aider... Trente...
i LÉONifc.
Trente...
Allons^ un effort,..
Trente et hn !
LA COttTE^tL LÉONÎE.
LA COMTESSE
On ne peut pas être plus modeste!... JTachèveraî donc... ttente-trois ! Oui^ chère fille, trente-trois ans! L'alliriëe prôctiaine, je n'en aurai peut-être plus qiie tretitie-deux... niais niamtenant... voilà mon thiiïte t Heiti !..: qttelle vieille tante tu éâ la !.;•
AGTB I; SOiNE IH; 347
LtOMIE.
Vieille!... chaque matin je ne forme qu*un Yœu> c*e8t de TOUS ressembler !
U COMTESSE
Ce quç tu dis là n'a pas je t^ns commun; mais c*e§t égal, cela me fait plaisi^,.., Eh \)ieq, .voyons, mon élève, car j^ai promis à ta mère de te faire travailler... as-tu dessiné ce matin ?
rétais descendue pour ceja dans 9e. salon, et devinez qui j'ai trouvé tQut à Tiieure devant mon chevalet> et regardant votre portrait?..,
u COMTESSB.
Oui donc î
LÉONIE
M. Charles,
. . , U GOMTESSS^
Eh bien?...
LÉOmE.
Eh bien, ma tante, figurez-vous q^'il dirait : C'est charmant !
LÀ COMTESSE
Et cela Ta rendue Jturieuse!,..
LitoruÈ.
Certainement!... Uii domestique! est-ce ^liMl doit savoir si un dessin est joli ou non?...
LA COMtESSC; rianU
Oh ! petite marquise !...
LÉOr«IE.
Ce n'est pas tout I croirîèï-vou», ma tante, qu'il chante?
LA COMTESSE
Eh bien, s'il est gai, ce garçon!... Est-ce que Dieu ne lui a pas permis de chanter comme à toi !
^ÉONIE. .
Mais... c'est qu'il chante très-bien! voilà ce qui me yévolte!
LA qp^TE^SE.
Ah!, M ahî... conte-moi donc cela!
LÉONlÈ.
Hier, je me promenais dans le parc. En arrivant aerr 1ère la haie du bois des Chevreuils, j'entends line voix qui chantai J les prëmibres mesures d'iiti air de Cimarosà, faaais dhe voix charmante, une naéthode pleine de goût... Je m'approche..: c'était M. Charles!
LA COMTESSE
En Yérité«
LÉONIE^ vnc iéfiU
Vous riez^ ma tante; eh bieni moi^ cela m'indigne... je ne sais pas pourquoi^ mais ce]a.m*indigne ! Gomment distingueratron un homme bien né d'un Talet de chambre^ s'ils sont tous deux élégants de ûgure^ de manières... car^ remarquez^ ma tante^ qu'il est tout a fait bien de sa personne^ et lorsqu'à table il vous sert, qu'il vous offre un fruit, c'est avec un choix de termes, un accent de bonne compagnie qui me mettent hors de moi... parce qu'il y a de l'impertinence à lui à s'exprimer aussi bien que ses maîtres : cela nous déconsidère, cela nous... (ATee inpatienM.) Enfin, ma tante, je ne sais comment vous exprimer ce que Je ressens; mais moi^qui suis bienveillante pour tout le monde^ j'éprouve pour cet insolent valet une antipathie qui va jusqu'à l'aversion, et si j'étais maîtresse ici^ bien certainement il n'y resterait pas!
LA COMTESSE, gaiemenL
Là... là... calmons-nous! avant de le chasser, il faat permettre qu'il s'explique, ce garçon, (biu tonne.)
LÉONIE
Est-ce pour lui que vous sonnez, ma tante?
Précisément ! (a «n domestique qui entre.) Gharlcs cst-il là?
LE DOMESTIQUE
Oui, madame la comtesse.
LA COMTESSE
Qu'il vienne? (Le donestïqae sort.)
LÉONIE
Mais, ma tante... qu'allez-vous lui dire?
LA COMTESSE
Sois tranquille!
LÉONIE
Je ne voudrais pas qu^il crût que c'est à cause de moi <{ue vous le grondez!
LA COMTESSE, gtiement.
Pourquoi donc? ne trouves-tu pas qu'il t'a manqué de respect?...