ACTE m, dCÈNÉ XTf. 4iS
MONTRICflARD.
Voasle Ydiilez?... partons!
LA COMTESSE
Un instant... un instant.
DE GRIGNON
Non^ non^ partons.
LA COMTESSE
Calmeï-vous... j'aurais d'abord une ou deux questions importantes à adresser à M. le baron.
MOMTRICHARD.
Des questions importantes?
LA COMTESSE
Oui> monsieur le baron. A quelle heure tve^Yons arrêté totre prisonnier?...
KOKTRIGHAIU).
Il y a une heure i peu près... mais je ne vois pas...
LA COMTESSE
Dites-moi^ baron, vous avez dû beaucoup voyager dans voire département?...
MONTRICHAlU).
Sans doute^ Madame; mais^ encore une fois...
LA COMTESSE
Alors^ combien faut-il de temps pour alto dMoi à Mauiéon sur un bon cheval?
MONTRICHARD
Trois petits quarts d'heure I... Mais quel rapport?...
Et de Mauiéon à la frontière? toiigours sur un bou cheval?
MONTRIGHARO.
Dix minutes^ mais...
LA COMTESSE
Trois quarts d'heure et dix minutes... total cinquante-cinq minutes.
MONTRIWARD.
Oh! c'est trop fort, partons!
LA COMTESSE
Mais attendez donc!... Quel homme!... j'ai encore une dernière question à vous faire. M. le président de la cour prévôtale que vous attendiez, ne vous a-t-il pas été envoyé de Paris, et n'est-ce pas, si je ne me trompe> un ancien sénateur ?...
MONTRICHARD
M. le comte de Grignon !
DE GRIGNON^ poussant an cri de joi«.
Mon oncle!... mon bon oncle!
MONTRICHARD^ «toperait.
Votre oncle !
LA COMTESSE^ froidement et lui faiiaut la rëfërenee.
Ici finissent mes questions, Monsieur! je ne tous retiens plus; vous pouvez conduire au président... son neveu...
MONTRICHARD, interdit et regardant de Grignon avee efiGroi.
M. Henri de Flavigneul!
LA COMTESSE, riaot.
Fi donc!... un drame! une tragédie!... nous avons mieux que cela à vous offrir! une scène de famille... (Montrant de Grigiwn.) M. Gustave de Grignon, maître des requêtes... que son oncle n'avait pas vu depuis longtemps; et c'est à vous. Monsieur, qu'il devra ce plaisir!
MONTRICHARD, tout troublé.
Quoi?... Monsieur serait... ou plutôt ne serait pas... c'est impossible!... vous voulez encore me tromper. Madame!
LA COMTESSE, riant.
Vous pouvez vous en rapporter au président lui-même et à la voix du sang, qui ne trompe jamais !...
MONTRICHARD
Et votre trouble ce matin quand j'ai fait arrêter Monsieur.
LA COMTESSE
Mon trouble? ruse de guerre !
MONTRICHARD
Cette lettre que T'ai prise sur loi.
LA COMTESSE
C'est moi qui venais de la lui remettre.
MONTRICHARD
Vos larmes de douleur !
LA COMTESSE, riant.
Est-ce que j'ai pleuré? Ah ! pauvre baron, il ne faut pastn'en vouloir... je vous avais promis de me moquer de vous... et je ne trompe jamais... vous 'e savez?
DE GRIGNON
C'est du génie
▲GTS m^ sciNE jnu 417
MONTRICHARD^
Mais alors quel est donc le coupable? car il était ici^ j'en suis certain.
LA COMTESSRc
Ah ! voilà ! qui est-ce ! cherchez!
MONTRICHARD
Dieu ! quel trait de lumière !... si c'était l'autre !
LA COMTESSE
Qui? l'autre? celui à qui vous avez donné un sauf-conduit; celui que vous avez essayé de séduire; celui pour lequel vous avez imploré ma clémence, ah ! je le voudrais bien !
MONTRICHARD
C'est lui ! ah ! je ne suis pas encore vaincu,., et je cours,,,
LA COMTESSE
Sur ses traces?... inutile !... vous ne le rattrapperez jamais!
MONTRICHARD
Vous croyez?
Il a un trop bon cheval !
HONTRTCHARD. tfee eolèra.
Ah!
DE GRIGNON. riant.
Ah! ah! ah!
LA COMTESSE
Le cheval du préfet lui-même!... car vraiment vous avez pensé à tout, généreux ami, même à l'équiper!... et à le solder... témoin ces vingt-cinq louis que je suis chargée de vous rendre... (Aiuntiei prendre «or la table.) Car lul donner des honoraires pour vous tromper... c'est trop fort !
MONTRICHARD
Ah! vous êtes un monstre infernal! Tant de duplicité, tant de sang-froid! Et moi qui ai écrit au maréchal... Je tiens le chef! Ah ! je me vengerai !
SGÉNE XIIL
Les PRÉCiDENTS, LËONIE, entrant, trèi-agitée. LÉONIE, à Montriehard.
Monsieur le baron, voici une dépêche très-pressée qui arrive
uB Lyon. (Montriehard prend les d^piehei, et Léonie â*appro6he vivenentde la comteste.) MONTRICHARD.
Du maréchal!
UBONIl.
LA GOMTESSB; Wm,
LÉoinBydrtiiiêiM.
LACOMTBSSBy hu.
LA COMTBSSE^ bu.
418 BATAIUB VSi DAVB8..
Ah ! ma taitte^ quel malheur I
LA COMTESSE
Quoi donc?
Il est revenu!
Qui?
M. Henrit
Gomment?
Il est là!..
Ciel!
MONTRICHARD^ fait «a geite d« joie, poii aprài avoir lo
Âh! madame la comtesse!... à moi la revanche!
LA COMTESSE
Que voulez-vous dire ?
MONTRTCHARD.
Vous triomphiez, tout à Theuret... mais à la guerre la fortune est changeante, et malgré votre esprit et vos ruses, le sort de M. de Flavigneul est encore entre mes mains; oui, grâce à ces dépêches que m'envoie M. le maréchal, je puis forcer le fugitif, en quelque lieu qu'il soit, à se remettre lui-même en mon pouvoir.
LA COMTESSE, «fto trooU«,
Vous... comment?...
MONTIUCHARD. '
Cest mon secret! A chacun son tour, madame la comtesse... Je veux seulement, avant mon départ, vous montrer que je sais me venger... (a de Gngnon.) Monsieur de Grignon, je vais prévenir votre oncle pour qu'il vienne lui-même vous rendre à la liberté. Au revoir, madame la comtesse! (Ueort.)