ACTE I, SCÈNE lî. Hl
éveille; mais je vous préviens qu'en dormant vous ne Tètes pas.
MASHAM.
Est-il possible?
BOLINGBROKK.
Je VOUS ai entendu vous féliciter en rêve de votre bonheur, do votre fortune, et vous |)ouvez me nommer sans crainte la grande dame ù qui vous la devez.
MASHAM.
Moi?
BOUNOBROKE.
A moins que ce ne soit la mienne!., auquel cas je ne vous demande rien!... je comprendrai...
MASHAM.
Vous êtes dans l'erreur! je ne connais pas de grande dame ! Il est quelqu'un, j'en conviens, qui, sans se faire connaître, m'a servi de protecteur... un ami de mon père... vous peut-être?...
nOLINGBROKE.
Non, vraiment...
MASHAM.
Vous êtes le seul cependant que je puisse soupçonner. Orphelin et sans fortune, mais fils d'un brave gentilhomme tué sur le champ de bataille, j'avais eu l'idée de demander une place dans la maison de la reine : la difllcuité ét-iit d'arriver à Sa Majesté, de lui présenter ma pétilion; et un jour d'ouverture du parlement, je me lançai intrépidement dans la foule qui entourait sa voiture; j'y touchais presque lorsqu'un grand monsieur, heurté par moi, se retourne, et croyant avoir affaire à un écolier, me donne sur le nez une chiquenaude.
BOLINGBROKE
Pas possible!
MASHAM.
Oui, Monsieur... je vois encore son air insolent et ricaneur... je le vois, je le reconnaîtrais entre mille, et si jamais je le rencontre... Mais dans ce moment la foule, en nous séparant, m'avait jeté contre la voilure de la reine, à qui je remis ma pétition... elle resta quinze jours sans réponse. Enfin je reçus une lettre d'audience de Sa Majesté !... Vous jugez si je me hâtai de me l'endre au palais, paré de mon mieux et à pied pour de bonnes raisons... .l'étais près d'arriver, lorsqu'à deux pas de Saint-James, et vis-à-vis d'un balcon où se tenaient de belles dames de la cour, un équipage (jui allait plus vite que moi
H2 LE VERRE d'eau.
m'éclabousse de la tète aux pieds, moi et mon pourpoint de satin, le seul dont je fusse propriétaire... et pour comble de fatalité, j'aperçois à la portière de la \oiture... ce même individu, l'homme à la chiquenaude... qui riait encore... Ah! dans ma rage, je m'élançai vers lui ; mais l'équipage avait disparu, et, furieux, désespéré, je rentrai dans mon modeste hôtel, ayant manqué mon audience.
Et votre fortune !
MASHAM.
Au contraire! je reçus le lendemain, d'une personne inconnue un riche habit de cour, et quelques jours après, la place que je demandais dans la maison de la reine. J'y étais à peine depuis trois mois, que j'avais reçu ce que je désirais le plus au monde, un brevet d'enseigne dans le régiment des gardes.
BOLINGBROKE
En vérité ! Et vous n'avez aucun soupçon sur ce protecteur mystérieux.
MASHAM.
Aucun!... il m'assure de sa constante faveur, si je continue à m'en rendre digne... Je ne demande pas mieux... ce qui me paraît seulement gênant et ennuyeux, c'est qu'il me défend de me marier...
BOLIISGBROKE.
Ah ! bah !
MASHAM.
Craignant sans doute que cela ne nuise à mon avancement.
BOLINGBROKE, riant.
C'est là la seule idée que cette défense ait fait naître en vous?
MASHAM.
Oui, sans doute.
BOLINGBROKE, de même.
Eh bien, mon cher ami, pour un ancien page de la reine, et pour un nouvel officier dans les gardes, vous êtes d'une innocence biblique...
MASHAM.
Comment cela.
BOLINGBROKE, de même.
C'est que ce protecteur inconnu es! une prolectrice...
MASHAM.
Quelle idée!