ACTE I, SCÈNE V. 15S
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Aussi mademoiselle, qui craint de se tromper, n'ose \ous avouer qu'on l'appelle Abigaïl Churchill.
LA Dl'CHESSE, à pari.
0 ciel !
BOLINGBROKE
Parente fort éloignée, sans doute... mais enfin, cousine de la duchesse de Marlborough, de la surintendante de la reine, qui, dans sa sévère impartialité, hésite et se demande si elle est d'assez bonne maison pour approcher de Sa Majesté. Vous comprenez. Madame, que pour moi, qui suis un écrivain usé et passé de mode, il y aurait dans le récit de cette aventure, de quoi me remettre en vogue auprès de mes lecteurs, et que le journal r Examinateur aurait beau jeu dès demain à s'égayer sur la noble duchesse, cousine de la demoiselle de boutique... Mais rassurez-vous. Madame, votre amitié est trop nécessaire à votre jeune parente, pour que je veuille la lui faire perdre; et à la condition qu'elle sera aujourd'hui admise par vous dans la maison de Sa Majesté, je m'engage sur l'honneur à n'avoir jamais rien su de cette anecdote, quelque piquante qu'elle soit... J'attends voire réponse.
LA DUCHFSSE, fièrement.
Je ne vous la ferai point attendre. Je devais présenter mon rapport à la reine sur l'admission de mademoiselle, et qu'elle soit ou non ma parente, cela ne changera rien à ma décision; je la ferai connaître à Sa Majesté... à elle seule!... Quant à vous. Monsieur, il vous suffira de savoir que je n'ai rien accordé à la menace, arme impuissante, du reste, que je dédaigne; et si j'y ai recours aujourd'hui, c'est que vous m'y aurez forcée... Quand on est publiciste, monsieur de Saint-Jean, et surtout quand on est de l'opposition, avant de vouloir mettre de l'ordre dans les affaires de l'État, il faut en mettre dans les siennes. C'est ce que vous n'avez pas fait... Vous avez des dettes énormes... près d'un million de France, que vos créanciers impatients et désespérés m'ont cédé pour un sixième payé comptant... J'ai tout racheté... moi si avide, si intéressée... Vous ne m'accuserez pas cette fois de vouloir m'enrichir... (Souriant.) car ces créances sont, dit-on, désastreuses... mais elles ont un avantage... celui d'emporter la contrainte par corps... avantage dont je n'ai pu profiter encore avec un membre de la chambre des couimunes... mais demain finit la session, et si la piquante anecdote dont vous parliez tout
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à riieiire paraît dans le journal rlu matin, le jonrnal du soir annoncera que son spirituel auteur, M. de Saint-Jean, compose en ce moment, à Newgate, un traité sur Fart de faire des dettes... Mais je ne crains rien. Monsieur, vous êtes trop nécessaire à vos amis et à l'opposition pour vouloir les priver de votre présence ; et quelque pénible que soit le silence pour un orateur aussi éloquent, vous comprendrez mieux que moi encore la nécessité
de vous taire. (Elle fait la révérence et sort )