ACTE 11^ SCÈNE I
avoir vus ici quand ils étaient ministres, et qu'à leur tour ils faisaient attendre les autres.
LA REI^E, fitemenl.
Qui donc?
THOMPSON
Sir Harley et M. de Saint-Jean.
LA REINE
Oh!... et sont-ils partis?
THOMPSON
Oui, Madame.
LA REINE
Tant pis... je suis fâchée de ne pas les avoir reçus... M. de Saint-Jean, surtout !... Quand il était au pouvoir... tout allait au mieux... mes matinées étaient moins longues... je ne m'ennuyais pas tant... et aujourd'hui, en l'absence de la duchesse, cela se rencontrait à merveille... c'était comme un fait exprès... un bon hasard... — J'aurais pu causer avec lui, et l'avoir renvoyé... c'est d'une maladresse...
THOMPSON
Madame la duchesse me l'avait tant recommandé; règle générale : toutes les fois que M. de Saint-Jean se présentera...
LA REINE
Oh!... c'est la duchesse! c'est différent! Et M. de Saint-Jean n'a rien dit ?
THOMPSON
C'est lui qui venait d'écrire dans le salon d'attente, le papier que j'ai remis à Votre Majesté.
LA REINE, prenant vivement le papier sur la table.
C'est bien... Laisse-moi... (Thompson sort.)
LA REINE, lisant.
« Madame, mes collègues et moi demandions audience à Votre « Majesté ! Eux pour affaires d'État, et moi, pour jouir de la vue « de ma souveraine qui, depuis si longtemps, m'est interdite. » Pauvre sir Henri ! « Que la duchesse éloigne de vous ses ennemis « politiques, je le conçois; mais sa défiance va jusqu'à repousser « une pauvre enfant dont la tendresse et les soins eussent adouci « les ennuis dont on accable Votre Majesté. — On lui refuse la « place que vous vouliez lui donner près de vous, en alléguant « tju'elle est sans famille; et je vous préviens, moi, qu'Abigaïl « Churchill est cousine de la duchesse de Marlborough. » (s'anè-
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«»nt,) Est'U possible ?... (Lisant.) « Ce seul fait vous donnera la mesure « du reste... que Votre Majesté en profite el veuille bien en garder « le secret à son fidi'le serviteur et sujet, etc. » Oui... oui, c'est la vérité. — Henri de Saint-Jean est un de mes fidèles serviteurs... mais ceux-là, je ne suis pas libre de les accueillir... lui, surtout, ancien ministre, je ne puis le voir sans exciter la défiance et les plaintes des nouveaux ! Ah ! quand ne serai-je plus reine, pour être ma maîtresse ! Dans le choix même de mes amis, demander avis et permission aux conseillers de la Couronne, aux chambres, à la majorité... à tout le monde enfin... c'est à n'y pas tenir... c'est un esclavage odieux, insupportable; et ici du moins, je ne veux plus obéir à personne; je serai libre chez moi, dans mon palais. — Oui, et quoi qu'il puisse arriver, j'y suis décidée.
(Elle sonne, Thompson paraU.) ThompSOU, reudcZ-VOUS à l'iustant daUS
la Cité, chez maître Tomwood le joaillier... vous demanderez miss Abigaïl Churchill, et vous lui direz qu'elle vienne à l'instant même au palais. — Je le veux, je l'ordonne, moi, la reine, allez!
THOMPSON
Oui, Madame, (ii sort.'\