‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 185 sur 330 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

HECTOR

Une surprise que je vous ménageais.

ALINE

Juste l'étage au dessous!... Comme ce sera commode pour

mon cousin.... (\ Clérambeau, elbaiâ-ant les yeux.) quand il vicudra VOUS

voir.

CLÉRAMBEAU, biusfiucment.

Je n'entends pas qu'il se dérange... je veux qu'il agisse sans façons... comme nous... Tu le vois, nous venons, en arrivant, te faire notre visite; mais ça ne t'oblige à rien.

EMMERIC.

Comment, mon oncle?...

CLÉRAMBEAU.

Tu as à travailler... il faut qu'un artiste travaille.

EMMERIC.

Il y a temps pour tout... Je vous accompagnerai dans le monde, je vous y pré.senterai.

CLÉRAMBEAU.

Je te remercie, je m'en abstiendrai.

HECTOR, à CInambeau.

Il est lancé dans la baute société.

CLÉRAMBEAU.

Raison de plus : il y règne des mœurs qui m'effraieraient pour une jeune fille.

EMMERIC.

Eh ! qui vous a dit cela ?

CLÉRAMBEAU.

Vos livres et vos papiers publics... Apprenez, Monsieur, qu'à Bordeaux nous lisons tout ce qui parait à Paris.

EMMERIC, lui prenant la ma'ii, d'un air Je corapajsion.

Mon pauvre oncle!.., Qu'est-ce que c'est?

EMMERIC, riant.

Je ne vous fais pas de reproches, vous êtes plus à plaindre qu'à blâmer... mais vous av( z peut-être tort de nous juger à la lecture... Nos mœurs sont plus honnêtes que nos écrits... et si vous restez quelque temps parmi nous, vous trouverez qu'il y a encore quelque décence et quelque bon ton dans no.s salons, de la vertu dans les familles, de l)ons ménages dans le monde et

des honnêtes gens partout. . même au Palais, demandez à Ballandard.

CLÉRAMBEAU.

Lui ! je l'excepte, je le connais... il est de Bordeaux... C'est une candeiu", une pureté de mœurs... (Regardant son neveu.) bien rares de nos jours... Et puis, avec lui, tôt ou tard les procès finissent, tandis qu'avec les autres...

EMMERIC.

Vous voyez bien...

CLÉR.\MBEAU.

Une exception ne prouve rien... Et vous. Monsieur, vous ne voyez jamais les choses que du beau côté, comme votre père, du reste, Balthazar d'Albret, mon cher beau-frère, qui était toujours clans l'idéal et moi dans le positif... Ne fût-ce que par amitié pour votre mère... ma pauvre sœ;ir, je voulais associer son mari à mon comniei'ce... Il aurait fait comme moi une bonne et solide fortune... Mais non, au lieu de re.ster dans la marine marchande, où l'on gagne de l'argent... il a voulu entrer dans la marine royale.

EMMERIC

OÙ l'on gagne des cpaulettes... de la gloire...

CLÉRAMBE,\U.

Et des boulets !... Emporté à Navarin, il m'a laissé sa veuve, qui n'a pas tardé à le suivre... et son fils que j'ai élevé chez moi, que je voulais âmsi diriger vers le commerce... conunis d'abord... (jeiart un coup d'œii sur sa fille.) Et puis, qui Sait? D'autres vues... un bel avenir, (;ui aurait continué la maison Clérambeau junior de Bordeaux... Mais, bah ! avec cette famfille-là on se trouve toujours dans des directions opposées à celle qu'on voulait prendre... Et un beau jour, voilà que j'entends répéter de tous les côtés que mon neveu a des dispositions... des talents... du génie!...

EMMERIC.

Non, mon oncle... mais le désir de ne plus vous être à charge et de m'acquitter de vos bienfaits...

CLÉRAMBEAU.

Mes bienfaits!... qui est-ce qui t'en parlait?... personne!

EMMERIC.

Moi! qui ne les oublierai jamais !

CLÉRAMBEAU.

Eh bien! était-ce une raison pour ra'abandonner?,.. pour

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