‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 228 sur 330 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LOUISE, EMMERIG.

LOUISE

Enfin, nous voilà seuls!... Je voulais voir et me convaincre par moi-même... que je n'étais pas abusée par un songe ou par une imposture. Mais non... tout est vrai!... tout est réel!... et cette fois du moins l'on ne m'a pas tromp'éc! Quoi! ce matin même... et pendant que vous affectiez à mes yeux les plus tendres sentiments... un mariage se tramait pour vous! que dis-je?... il était déjà convenu et arrêté... et ce mariage, tous vos amis, tout le monde le connaissait, excepté moi... (Avec ironie.) Et pourquoi donc craindre de me l'apprendre?... pourquoi hésiter à m'en faire parf Aviez-vous peur de réclamations ou d'obstacles, ou redoutiez-vous pour mes jours la douleur de votre perte?... C'est un excès d'égards que je n'attendais pas... mais j'attendais de l'honneur, delà loyauté, de la franchise... et je vois, Monsieur, que c'était trop exiger!...

EMMERIC.

Accusez ma faiblesse... mais non pas ma franchise... Ce matni seulement... je vous lejure, M. de Saint-Géran a eu l'idée de ce mariage... et j'accourais chez vous, résolu à tout vous dire... En vous voyant. Madame, je n'ai eu ni la force, ni le courage de vous avouer un sentiment...

LOUISE

Auquel je n'aurais pas ajouté foi... Me persuaderez-vous, Monsieur, que votre cousine, que vous connaissez depuis l'enfance, et que vous oubliez depuis si longtemps, s'est fait aimer de vous... depuis ce matin et des son arrivée... et que Tarran-

gement de famille, que la spéculalion de M. de Saini-Géran est devenue sur-le-champ un mariage d'inclination?

EMMERIC.

Oui, Madame, c'est la vérité...

LOUISE

Je voudrais le croire pour vous, pour votre honneur, pour avoir le droit de vous conserver quelque estime... mais par malheur, M. Clérambeau est immensément riche.

EMMERIC.

Ah! Madame.

LOUISE, avec eolère.

Oui... c'est un mariage d'argent... c'est à de vils intérêts (jue vous me sacrifiez...

EMMERIC.

Jamais!... jamais!... je vous le jure...

LOUISE

Je ne crois plus ni vos paroles, ni vos serments, je n'eu croirai que vos actions... A l'instant même, et devant moi, vous déclarerez à votre oncle que vous renoncez à ce mariage... et qu'il est à jamais rompu... 11 le faut... je le veux, moi, à qui vous devez tout !

EMMERIC, l'inlcrrompant vivement.

Ah! vous n'avez pas besoin de me le rappeler; les liens de la reconnaissance m'enchaîneront toujours, et vous pouvez le croire, puisque vos reproches mômes ne les ont pas brisés... Oui!... vous êtes une grande dame et je ne suis qu'un artiste, mais ennobli par votre amour et par quelque gloire peut-être, il n'y a plus de distance... et dussent vos ducs et pairs et tous le.s grands seigneurs qui vous entourent de leurs hommages, frémir d'orgueil et s'indigner d'un tel rival, la noblesse des arts vaut bien l'autre! elle est aussi glorieuse, plus rare.. . et le roi qui fait des ducs et pairs, ne fait pas des talents.

LOUISE, cliircliaiit à l'interrompre.

Vous vous trompez. Monsieur, je n'ai ni la volonté ni le droit...

EMMEi.lC.

De me traiter en esclave... ni de me commander...

LOUISE

Eh bien donc!... et pour la dernière fois... Pardonnez à celte fierté même qui malgré moi se révolte, et que je ne puis inaîtriscr encore... Laissez-moi le temps et la force de briser ce nœud

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