CÉCILE, RAYMOND
RAYMOND
Eh bien ! ms chère enfant, maintenant que tn le connais, ne t'ai-je pas dit la vérité? et à part ses opinions, qui u'ont pas le sens commun, n'est-ce pas un excellent homme?
CÉCILE
Oui, Monsieur.
RAYMOND
Crois-tu être heureuse avec lui?
CÉCILE
Je l'espère...
Ça ne suffit pas !... je veux que tu en sois sûre .. car ton père, a qui je dois tout, m'a légué le soin de ton bonheur, et si je me trompais! parle, mon entant, ouvre-moi ton âme... Autrefois, quand tu étais élevée près de moi, je ne te l'aurais pas demandé, te voyant tous les jours, je devinais, je prévenais tes moindres désirs... jusqu'à douze ou quatorze ans tu as été ma fl!le, je t'avais regardée comme telle, mais alors, et quoique ayant le double de ton âge, les Cdnvenauccs et ma position m'ont forcé de t'éloigner, de te remettre entre les mains d'une parente, qui ne pouvait t'aimer comme moi, mais qui, plus heureuse, v.e t'a pas quittée, s'est emparée à mon préjudice de ton amitié, de la confiance...
CÉCILE
Jamais...
RAYMOND
Etmamtenant que je ne sais plus, comme autrefois, lire dans
tes yeux et dans ton cœur, je suis obligé de te demander : Que veux-tu, Cécile?... que désires-tu?
CECILE, avec émotion.
Rien, Monsieur, le choix que vous avez fait doit assurer mon bonheur; et s'il en était autrement, ce ne serait pas votre faute, mais la mienne; aussi je n'hésite pas, car vous êtes mon père, et je dois vous obéir.
RAYMOND
Ce n'est pas ainsi que je l'entends; et malgré mon amitié pour Lucien^ s'il se présente une personne que tu préfères, si lu es aimée de quelqu'un, parle... je ne te reprocherai rien, que de ne pas me dire la vérité.
CÉCILE
Je vous l'ai dite, Monsieur: je ne suis aimée de personne.
RAYMOND
Bien vrai?
CÉCILE
De personne, je vous le jure, excepté de M. Lucien... et je pense comme vous que, sous tous les rapports, c'est un choix convenable et honorable.
RAYMOND
A la bonne heure; je m'en vais le lui dire. Adieu, mon entant, adieu.. . (U fait quelques pas pour soiHr, s'arrête et la regarde.) LéClie,
tu as encore quelque chose à me demander?
CÉCILE
C'est vrai. Monsieur, et je n'osais pas... (Rayrrond revient vivement
près d'elle.) c'cst-à-dire avec vous, Raymond... j'oserais bien... Mais ce que j'ai à demander, c'est au ministre, et j'ai peur.
RAYMOND
Pourquoi donc? si c'est juste...
CÉCILE
Ahl c'est de toute justice... Des marins... des pécheurs, ceux qui tantôt conduisaient notre barque... ils sont bien pauvres, ils ont beaucoup d'enfants, qui n'ont qu'eux pour vivre, et malgré cela, lors de la dernière tempête... ils se sont exposés pendant toute la nuit... l'un a ramené à bord trois pa'-sagers, et l'autre en a sauvé quatre; et ils n'ont eu pour toute récompense... que la joie de leurs enfants, qui croyaient avoir perdu leur père... Aije tort, Monsieur, de m'intéresscr à eux et de vous les recommander?