‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 4)Chapitre 265 sur 330 · SCÈNE IL ALINE, EMMERIC · texte numérisé non relu

SCÈNE IL ALINE, EMMERIC

EMMERIC, à pari et regardant Aline.

Aurni-je cette fois plus de courage?... il le faut, pourtatttj car j'ai promis à son père d'immoler moi-même mon bonheur et toutes mes espérances !...

AUNE, à part.

Certainement! je saurai ce qui le tourmente en y mettant un peu d'adresse...

EMMERIC, avec embarras.

Ma cousine..;

AUNE

Eh bien?...

EMMERIC, de même.

Vous causiez arec Ballandard?...

ALINE

Oui... nous causions de sujets indifférents.;, de jeunes gens de ses amis... (vivement.) Et nous nous disions... c'est évident^ qu'un jeune homme qui arrive à Paris... sans fortune;., ne peut pas, quelque talent qu'il ail, se créer sur-le-champ une position et un état!,.. En attendant les succès... il faut vivre... et alors

il est tout naturel qu'il emprunte... qu'il fasse des dettes... (Mouvement d'Eranieric.) 11 n'y a pas de mal... au Contraire... je l'en estimerais davantage...

EMMERIC, étonné.

Pourquoi me dites-vous cela?

AUNE

Pourquoi?... parce qu'il est tout simple qu'on se cache de son beau-père... les beaux-pères ne comprennent pas ou voient les choses du mauvais côté... mais une sœur... une cousine... une fiancée... moi, par exemple.

EMMERIC.

Quoi ! vous pourriez croire?... On vous a trompée... je vous le jure... je vous Tatteste...

AUNE

Ah! tant pis!...

Et vous veniez?...

AUNE

Tout partager avec vous... C'était mon bonheur... et bientôt mon devoir... Et vous, Monsieur, pourquoi ne pas suivre mon exemple?., vos chagrins ne nVappartiennent-ils pas?...

EMMERIC.

Ah! plus je vous entends, et plus il me semble impossible de vous les confier.

AUNE

Et moi je les devine, maintenant.

EMMERIC, driayé.

Que dites- vous?

AUNE

Certainement je serai fière et heureuse de vos succès et de porter un nom que chacun applaudit... mais les jours de victoire ne seront pas ceux où je vous aimerai le mieux ! dans l'ivresse du triomphe, je vous serai inutile .. Mais pour l'artiste même le plus habile et le plus heureux, il est des jours où la lutte est douteuse ou fatale... dans ces moments-là je serai près de vous... mon cœur battra de vos craintes ou de vos espérances... Pour vous rassurer, je vous dirai : Courage! ou j'aurai peur avec vous... Et si nous succombons... ah ! que je vous aimerai alors... car vous aurez besoin de moi... car mon amour augmentera avec vos peines... et si vous en doutez... essayez d'être malheureux, mon ami, et vous verrez.

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