SCÈNE III
COQUENET, MADAME DE SA\iENAY, CÉCILE, RAYMOND.
Partir!... et pourquoi donc?...
CÉCILE
Mais tout ce qui arrive, tous ces bruits effrayants!
RAYMOND, souriant.
Tout va à merveille... je suis accouru avec M. de Saint-André juste au moment où le combat commençait. Impossible de faire entendre raison aux deux adversaires, et c'est en me jetant entre eux que j'ai reçu cette égratignure, (Moniram sa main enveloppée
d'un morceau de iatfeUî noir.) SCUlC gOUttC de SaOg qui ait COUlé daUS
cette mémorable affaire...
MAPAME DE SAVENAY.
On prétendait que M. de Saint-André était blessé.
CÉCILE
Et très-dangereusement...
COQUENET.
C'est Belleau, le garçon de bains, qui m'a dit le tenir d'un témoin oculaire. »
RAYMOND
■ Et voilcà justement comme on écrit l'histoire! Croyez donc, après cela, aux récits des grandes batailles. Du reste, après la guerre, la paix!... elle vient d'être signée. M. de Saint-André et moi avons donné à Lucien des raisons si claires, si évidentes, si positives, que celui-ci a tendu, la main à son adversaire...
En vérité !. .. {ll va s'asseoir près de la table à gauche, et y reste à lire les journaux jusqu'à la fin de la scène.)
RAYMOND, à réelle.
Mainlenant^ comme je te Pavais promis, plus de soii]içons; ils sont tous dissipés... Lucien va venir réclamer de toi cette main qui lui appartient, pour laquelle il a combattu, et tout à Tlieure, à table, devant notre brillante société de Dieppe et de Paris, nous annoncerons officiellenient votre mariage.,.
CECILE, avec embarras.
Non, non, Monsieur, je vous prie!
RAYiMOISD.
Qu'est-ce à dire?
CÉCILE
Je suis heureuse... que M. Lucien me rende justice, quelque tardive qu'elle soit... Mais celui qui a pu me soupçonner, m'accuser...
RAYMOND
Allons, allons, nous sommes tous sujets à Terreur, et par son caractère, lui |)lus qu'un autre peut-être!... Mais n'oublie pas que, même le croyant coupable, il t'aimait toujours, te défendait et se battait pour toi !... moyen qui devait te compromotlre plus encore, mais qui, enfin, est une preuve, sinon de sa raison, au moins de sa tendresse.
CÉCILE
Oui, Monsieur, mais hier encore, vous m'avez laissée libre de mon choix...
RAYMOND
Hier, sans doute, sur un mot de toi, j'aurais tout rompu. Mais aujourd'hui, mon enfant, ce n'est plus possible; l'LTlat de ce duel, les bruits qui l'ont précédé, ont rendu ce mariage nécessaire, indispensable; et pour toi, Cécile, pour ton honneur, jeté le demande, je t'en supplie, au nom de la raison, au nom de l'amitié...
CÉCILE, hésitant
Ah! Monsieur...
RAYMOND
Ton père m'a remis ses droits, tu le sais, et s'il était là il te dirait lui-même : « Il le faut, ma fille, je l'exige ! »
CECILE, à demi-voix, à madame de Savenay,
Vous l'entendez, Madame ! vous avais-je dit la vérité?...