‹ Théâtre de Eugene Scribe (volume 5)Chapitre 69 sur 255 · ACTE l, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE l, SCÈNE

GIRALDA

Ah! c'est à vous laii-e enrager!

GiNÉS.

Eh bien! cet amoureux, quel est-il? il n'y eu a pas dans le village... je suis le seul, c'est ce qui fait ma force.

GIRALDA

Il n'est pas du pays !

D'où est-il donc?

Je l'ignore!

Quel est-il?

Je n'en sais rien !

Et son nom?

Il ne me l'a pas dit !

GIRAI.DA.

GINÉS.

GIRALDA

GINÉS.

(ilRALDA.

GINÉS.

Mais sa figure du moins?

GIRALDA

Je ne l'ai jamais vu!

GINÉS, riant.

Ah! ah! ah! voilà qui est joli... vous voyez bien que vous vous moquez de moi.

GIRALDA

Non! cai' je l'aime, et n'aimerai jamais que lui.

GINÉS.

Je vous défie de me persuader cela !

GIRALDA

Eh bien donc! si poui* vous convaincre... il faut tout vous raconter...

GlNÉS.

Vous me ferez plaisir.

GIRALDA

Vous savez que c'est moi qui suis chargée de vendre les produits de la ferme?

Je ne dis pas non !

02 6IRALDA.

GIRALDA

Que je pars tous les mercredis soirs afin d'arriver le lendemain, au point du jour, au marché de Santiago?

GINÈS

C'est la véi'ité.

GIRALDA

Qu'il faut traverser, la nuit, un bois de sycomores qui a un quart de lieue à peu près?

GINÈS

C'est possible!... je ne dirai pas au juste... car volontiers j'évite d'y passer !

GIRAT.DA.

Il ne m'y était jamais rien arrivé... excepté il y a trois mois... le temps était couvert, la nuit très-sombre... je distinguais les pas de gens qui me suivaient, pour m'efirayer, pour me voler peut-être...

GlNÈS.

Pour le moins !

GIRALDA

En ce moment, je crus entendre dans le taillis le galop lointain d'un cheval... je me mis à crier: A moi! au secours!... Tais-toi, diront ces vilaines gens, en m 'entourant... tais-toi!... Moi, de crier plus fort!... et quelques instants après arrivait sur nous, comme la foudre, un cavalier dont je ne pouvais voir les traits, mais dont j'entendais la voix menaçante... tous avaient disparu... et le jeune homme, c'en était un, j'en suis sûre!... s'était élancé près de moi, à moitié évanouie de frayeur... J'étais si faible, que je n'amais jamais pu arriver à Santiago... il m'assit alors devant lui, sur son cheval, lui, couvert de son grand chapeaxi rabattu et m'écoiitant... moi, lui disant qui j'étais... mon nom, ma naissance. Déjà nous étions aux portes de la ville, et il faisait jour à peine... il me déposa à terre et me dit : Adieu!... Ce fut là notre première rencontre !

GlNÉS.

Votre première? il y en a donc eu d'autres?

GIRALDA

Certainement!... le mercredi suivant et chaque semaine.

(;i>KS.

C'est donc ça que vous ne manquiez jamais le marché!

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