SCÈNE IL
GINÉS, seul.
Il paraît que décidément et à l'unanimité, je suis son mari... toutes les femmes du village vont s'en aller et me laisser ici avec ma femme... seul... tout à fait seul... et Antonio, mon garde-moulin. (Allant à la trappe qu'il soulève.) Antouio... va-t'cn chez ton père... je n'ai pas besoin de toi avant demain... demain, très-tard, entends-tu?.. Oui, vraiment, me voilà bien chez moi, dans mon ménage... et je serais tenté de regarder mon marché d'hier comme un rêve... (liiaut une bourse de sa poche.) si je n'avais encore là les ducats de l'autre, qui a disparu et s'en est allé comme il était venu, me laissant l'argent et la femme, la femme et l'argent... ce n'est pas ma faute, c'est la sienne!
PREMIER COUPLET
Tant que j'étais célibataire.
Soir et matin, et jour et nuit.
Dans ce vieux moulin solitaire Je n'entendais que ce .seul bruit :
Tic, tac, tic, tac, tic, tac... et ça vous étourdit. C'est monotone et ça vous étourdit.
Mais, près d'une femme jolie.
C'est une [dus douce harmonie.
( Portant la main à son coeur. ) Tic, tac, tic, tac, et ce hruit-là, Dans mon moulin me charmera.
DliUXlÈ.ME COUPLET.
II est vrai ([ne ma minagèrc
104 GIRALDA
A regret me donne sa foi; Qu'au mien son cœur ne répond guère Et ne fera jamais pour moi Tic, tac, tic, tac, tic, tac ; je le vois sans effroi; Je m'y résigne et le vois sans effroi. C'est ainsi dans plus d'un ménage :
L'amour s'enfuit; il est volage.
Mais l'argent reste... Il me dira
(Frappant sur son gousset.) Tin! tin! tin! tin!... et ce bruit-là Du reste me consolera, Oui, de tout me consolera.
( Sur la ritournelle , une porte pratiquée dans le panneau de droite vient de s'ouvrir; paraît don Manoël, qui s'avance vers la table et souffle le (lambeau. )