ACTE V, SCÈNE TH
BKKTRAM.
Dans ce temple où l'iiymen \>s réclame Que ne vas-tu prier comme eux ?
ROBERT
Ah! ce mot seul a ranimé ma rage; Va-t'en! tu n'es qu'un ennemi!
BERTRAM
Qui? moiî Ton ennemi ! moi, qui n'aime que toi ! Moi, qui dans tous les temps protégeai ton jeune ùge! Moi, qui voudrais avoir tous les biens en partage Pour te les donner tous !
0 ciel ! qui donc es-tu?
BERTRAM
Ce trouble, cet effroi... dont mon cœur est ému.
Ne te l'ont-ils pas dit ? n'as-tu pas entendu
Ce matin... ce Raimbaut... et ce récit funeste
Des malheurs de ta mère... Ils n'étaient que trop vrais l
ROBERT
Dieux!
BERTRAM
Je fus son amant! son époux! je l'atteste.
ROBERT
Qu'entends-je?
BERTRAM
Et maintenant, Robert, tu me connais .
ROBERT
Malheureux que je suis!
BERTRAM
Jamais, c'est impossible, Ton malheur, ô mon fils! n'égalera le mien. Notre tomment à nous, c'est de vivre insensible. De ne pouvoir aimer, de n'aimer jamais rien. Tel est l'enfer. Eh bien ! quand le souverain maître Eut lancé dans l'abîme un ange révolté. Dans mon cœur un instant le repentir vint naître;
Et ce Dieu dans sa bonté.
Dans sa vengeance peut-être.
f58 ROBERT LE DIABLE.
Me permit d'aimer! oui, depuis ce jour crue.,' Oui, par toi seul, Robert, mon cœur a pu connaître Les craintes, le bonheur, les tourment* d'un mortel ; Et toi seul u présent es ma vie et mon dtre.
0 mon fils ! ô Robert ! ô mon unique bien ! D'un seul mot va dépendre et ton sort et le mien!
Je t'ai trompé, je fus coupable ;
Tu sauras tout : avant minuit.
Si tu n'as pas signé ce pacte irrévocable Qui pour l'éternité tous les deux nous unit. Ce Dieu qui me poursuit, ce Dieu qui nous accable,
Reprend sur toi tout son pouvoir; Je te perds à jamais, je ne dois plus te voir! Minuit!... minuit!... tel est son arrêt immuable... 0 mon fils ! ô Robert ! ô mon unique bien ! De ce mot va dépendre et ton sort et le mieni
De ton rival je suis le maître,
Un des miens avait pris ses traits ;
Dis un mot, il va disparaître.
L'hymen va combler tes souhaits;
Et les honneurs et la richesse,
Et les plaisirs et les amours.
Dans une éternelle jeunesse
Vont près de moi charmer tes jours I Et ne crois pas qu'ici je veuille te séduire. C'est poiu- ton seul bonhem" qu'à présent je respiro , Et si ce bonheur même est ailleurs qu'avec moi. Va... fuis... Je t'aime assez pour renoncer à toi!
ROBERT
L'arrêt est prononcé, l'enfer est le plus fort. Ne crains pas que je t'abandonne.
BERTRAM
0 bonheur!
ROBERT
Maintenant le devoir me l'ordonne Qui que tu sois, je partage ton sort.