ACTE V, SCÈNE II
A cette trahison horrible!...
KAOUL.
Vainement ma raison veut démentir mes yeux.
AIR
A la lueur de leiu-s torches funèbres
J'ai vu courir des soldats forcenés !
Ils s'écriaient au milieu des ténèbres :
« Frappez ! frappez ! Dieu les a condamnés ! »
J'ai vu tomber des guerriers sans défense.
De notre chef l'asile est assailli.
Et leurs poignards altérés de vengeance
De mille coups ont percé Coligny !
CHOEUR
0 forfait inouï !
RAOUL
Ce noble front que la victoire honore.
Ils n'osaient sans pâlir le contempler vivant, Et mort — ils l'insultaient !
(Montrant sou habit ensanglanté.)
Amis, voilà son sang!
Maintenant doutez-vous encore?
(Avec douleur et indignation.)
Et ce sont des Français ! et ce sont des chrétiens Qui du trône et du ciel se disent les soutiens ! Errant et furieux, maudissant leur supplice. Des hommes et du ciel invoquant la justice, Au Louvre je courais, à travers le danger. Implorer le roi Charle!... 0 forfait!... anathèrae!... Du haut de son balcon j'ai vu le roi lui-même Immoler ses sujets, qu'il devait protéger. Partout le meurtre et l'incendie !
Partout des prêtres en furie Du ciel proclament le courroux! »
Et la jeune fille en prière.
L'enfant sur le sein de sa mère.
Rien, hélas! n'échappe à leurs coups!
Verrons-nous couler sans défense Ce sang qui demande vengeance?.., m'attend! il l'aura de nous!
( A-vec le chœur. )
Aux armes l à la vengeance I
282 LES UUGUENOTS.
Courons tous à la défense
Des martyrs et des héros !
Oui, rendons guerres pour guerres;
Vengeons la mort de nos frères
Dans le fang de lears bourreaux !
RAOUL
-Courons au Louvre, où Charle nous délie De nos serments, de notre foi!
Lui-même en nous frappant brisa son sceptre impie j Chef de nos meurtriers, il n'est plus notre roi !
CHŒUR
Aux armes! à la vengeance!
Courons tous à la défense
Des martyrs et des héros !
Oui, rendons guerres pour guerres ;
Vengeons la mort de nos frères
Dans le sang de lem's bourreaux !
(les femmes, pâles d'effroi, s'enfuient suivies de leurs pages et écuyers; let hommes tirent leurs épées et sortent tous en désordre par toutes les portes du salon. — le théâtre change. — Un cloître. — Au fond un temple protestant dont on voit les vitraux. A gauche une petite porte qui conduit dans l'intérieur du temple. A droite une grille qui donne sur uu carrefour. Des femmes huguenotes conduisant et portant leurs enfants traversent la scène en fuyant. Marcel, blessé, au milieu des femmes et des enfants qui se pressent autour de lui, leur indique de la main la porte du temple. )
Là!... là... dans notre temple!... au pied du saint autel, Nous mom-rons tous en priant l'Éternel !
(les femmes et les enfants se réfugient dans le temple qui est à gaud e. Marcel
tombe à genoux et prie.)
RAOUL, entrant par la grille à droite.
C'est toi, mon vieux Marcel, que j'ai cru reconnaître!
MARCEL, se relevant.
Ah! je priais pour vous ! Je vous revois, mon maître.
RAOUL
Éloigne -toi... Pourquoi t'exposer à leurs coups?
MARCEL
Maître... c'est mon devoir de mourir près de vous.
RAOUL, le regardant.
Blessé! blessé!
MARCEL, avec résignation.
Qu'importe, en ce moment terrible I