‹ Théâtre de Eugene ScribeChapitre 298 sur 349 · ACTE I, SCÈNJE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNJE V

(AperccTant Berthe qui s'avance timidement et fait la l'érérence. ) Ah! celle-ci vaut mieux. Approche, ma vassale.

(Aux seigneurs ses amis.)

Tous ces vins ge'néreux, que j'ai bus à longs traits. Enivrent ma raison et doublent ses attraits.

(a Berthe.)

Parle, que me veux-tu?

BERTHE, bas, à Fidès.

Ma mère, j'ai bien peur!

FlDÉS.

Ne crains rien; je suis là pour te donncç du cœurl

nOÈS ET BERTHE, à Oberthal.

ROMANCE, à deux voix.

PREMIER COUPLET

Un jour, dans les flots de la Meuse J'allais périr. . . Jean me sauva !

Orpheline et bien malhemeuse, Dès ce joui' il me protégea !

Je connais votre droit suprême; Mais Jean m'aime de tout son cœur...

Ah! peraiettez qu'aussi je l'aime!

Le voulez-vous, mon bon seigneur?

Mon doux seigneur!

DEUXIÈME COUPLET

Vassale de votre domaine, Je suis sans fortune et sans bien ; Et Jean, que son amoiu" entraîne.

Veut m'épouser, moi qui n'ai rien!

Voici sa mère qui réclame Pour son fils ma main et mon cœur...

Permettez-moi d'être sa femme.

Le voulez- vous, mon bon seigneur?

Mon doux seigneur!

OBERTHAL, regardant Berthe avec amour.

Eh quoi! tant de candeiu-, d'attraits et d'innocence Seraient perdus pour nous et quitteraient ces lieux!

(a Berthe.)

Non ; ta beauté mérite un sort plus glorieiix. Pom- toi, pour ton bonheur, usant de ma puissance. Je refuse...

296 LB PROPHTTE.

CHOEUR DF PAYSANS, poussant un cri d'indignation.

Grands dieiix!

BERTUE, se jetant dans les bras de Fidès.

Ah! quelle horreiir!

rOES, se jetant au milieu des paysans.

Ah ! quel malheur !

OBERÏHAL, à droite, à ses amis.

C'est à moi qu'appartient tant de gi-âce et de charmes j Mon cœur à son aspect bat d'un transport soudain.

(Fidès à gauche, au milieu des paysans, leur fait honte de leur lâcheté, les supplie de défendre Berthe, et de réclamer justice pour elle. Les paysans, excités par ses reproches, s'a-vancent d'un aii' résolu et menaçant vers leur seigneur, qui, sans les voir, cause avec ses amis. A leur approche Oberthal le retourne; ses vassaux s'arrêtent interdits et tremblants.)

OBERTHAL, s'avançant sur eux et les faisant reculer.

Croyez-vous, par hasard, m'inspirer des alarmes?

Je l'ai dit; je le veux, moi, seigneiu' châtelain!

Vos cris sont moins puissants que Berthe et que ses larmes!

Céder aux pleurs, peut-être : aux menaces, jamais!

(Pendant ces derniers vers, de jeunes pages de la suite d'Oberthal ont entouré Berthe et Fidès, qu'ils entraînent dans le château. Oberthal et ses amis les •uivent, et derrière eux se referment les portes du château. Les paysans, muets de surprise et de frayeur, se retirent en silence et la tête baissée. Tout à coup on entend dans le lointain le psaume des anabaptistes. Coux-ci paraissent au fond du théâtre; le peuple court au-devant d'eux et se prosterne à leurs pieds sur les marches de l'escalier, tandis que Zacharie, Jona» et Mathisen menacent du regard et du geste le château d'Oberthal. Le théâtre change à vue.)

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