ACTE T, srt.NË Vt. 34à
Son pardon fut un rêve Qu'en mon cœur j'espérais, Mais le sang qui s'élève Les sépare à jamais !
BERTHE
0 spectre épouvantable !
0 terre, entr'ouvre-toi !
Puis... que ta main coupahlo N'approche pas de moi !
Ton sceptre fut un glaive, Tes droits sont des forfaits !
Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais !
JEAN
0 tourment effroyable !
0 terre, entr'ouvre-toi !
Point de grâce au coupable !
Plus de repos pour moi 1 Mon sceptre fut un glaive.
Mes droits sont des forfaits !
Et le sang qui s'élève Nous sépare à jamais !
BERTHE
Je t'aimais, toi que je maudis.
Je t'aime encor peut-être... et m'en punis.
(Elle se frappe d'un poignard, et tombe dans les brfts de Eidès.)
(jean pouue un cri et se jette à ses pieds. Bertbe détourne ses regards de
iean , prend la main de Fidès et lui dit en lui montrant son fils. )
Séparés à jamais sur terre, Qu'il se repente, ô ma mère !
Pour que je puisse au moins le revoir dans les cieux !
JEAN, avec désespoir.
( Aux soldats, leur faisant signe d'emmener sa mère et Berthé.)
Morte!.,. Morte!. . Partez. Moi, je reste eu ces lieux !
( Reprenant la couronne qui est restée sur la table dé pièrrfe, et la Remettant sur son front. )
Je reste pour punir les coupables !
F1DÉS, qu'on entraine malgré ses efforts. Mon fils!
JEAK, aux soldats, leur montrant Fidès.
Veillez sur elle. Adieu, ma mère, adieu.
344 LE PROFHÈTE.
FIDÉS, qu'on entraîne.
Mon fils!
JEANj regardant la porte qui vient de se refermer sur Fidès.
Elle est sauvée!... Allons!
(h regarde le caveau que Berthe a montré au commencement de la scène, et dit après un instant de réflexion en se désignant lui-même. )
Oui, tous seront punis!
(jean remonte vivement par l'escalier à gauche. Le théâtre change.) (La grande salle du palais de Munster. Une table placée sur une estrade s'élève au milieu du théâtre. On monte de chaque côté par des degrés. Autour de l'estrade circulent des pages, des valets portant des vins et des corbeill«s chargées de fruits. Au fond, à droite et à gauche, de grandes grilles en fer conduisant en dehors du palais. Jean est iissis , seul , pâle et triste , devant une table couverte de mets, de vins et de fleurs, où étincellent des vases d'or. lie jeunes filles le servent, d'autres dansent autour de la table, pendant que des anabaptistes, hommes et femmes, célèbrent les louanges du Prophète, D« tous c6té* des flambaux étincellent, des lustres brillent au plafond )
CHOEUR
Hourra ! hourra ! gloire au Prophète ! A ses élus, transports joyeux !
Hourra! hovuTa! plaisir et fête!
A nous les voluptés des cieux!
( Les danses et les chants redoublent. Plusieurs ofQciers qu'on a vus a la scène précédente, dans le souterrain, montent à gauche et à droite les dcgiës dt la table et viennent, à voix baise, apporter des nouvelles du Prophàt* ) JEAN, aux officiers.
Ils viennent, dites-vous?
(a l'un des officiers, à gauche.)
Tu sais mes ordres!... va!
( L'officier descend les marches de l'escalier et sort. Jean, s'adressant aux officiers qui sont à droite.)
Vous, dès qu'en ce palais entreront leurs soldats, Que ces grilles de fer se ferment sur le gouffre D'où jailliront bientôt et l'airain et le souû'e ! . . . Puis, hâtez-vous de fuii-, loin de ces lieux maudits. Vous, mes seuls... mes derniers amis!
(Les officiers descendent et disparaissent; Jean se lève, saisit une coupe, et s'a
dressant aux anabaptistes qui l'entourent. }
JEAN , levant sa coupe.
Versez ! que tout respire L'ivresse et le délh-e !
Que tout cède à l'empire