‹ Théâtre de familleChapitre 72 sur 104 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

HENRI, DORVAL

HENRI

Voyons, Léon, me diras-lu enfin pourquoi, depuis naon mariage, je t'ai à peine entrevu, toi, mon meilleur ami?

DORVAL

C'est justement parce que je suis ton meilleur ami. Quand deux jeunes mariés sont occupés à croquer leur lune de miel, il faut les laisser dîner seuls. Maintenant tu dois commencer à digérer, et je viens te demander franchement, mais là, bien franchement : Est-ce bon ? es-tu heureux ?

HENRI

Si heureux, mon cher, que je regrette les années que j'ai perdues avant de connaître le vrai bonheur. Tu ne peux te faire une idée de la félicité calme et assurée qu'on trouve dans un amour loyal, que la société a béni

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et qu'elle respecte. Je me sens rajeuni, ri'ficnéré ; et toutes les folles équipées de notre jeunesse, ces plaisir? jlévreux que nous rechercliioas avec tant d'ardeur, ne m'apparaissent plus que comme les fantômes odieux d'un rêve déplaisant.

l-^li ! eh! les fantômes avaient du bon. J'en sais quelquesuns qui nous ont fait passer des heures cliarraan tes et auxquels, aujourd'hui encore, je ne puis songer sans qu'une larme d'attendrissement mouille ma paupière. En l'honneur du présent, tu calomnies le joyeux rêve de notre jeunesse...

Tu es, mon pauvre Léon, comme un ivrogne qui s'enivre de vin d'Argenteuil et qui le croit excellent, parce qu'il n'en connaît pas d'autre. Si jamais tu te maries, tu sauras ce que c'est que le bon vin. Je te plains, marietoi !

DORVAL

Enfin tu es heureux ?

HENRI

Dans quelle langue faut-il donc te le répéter? Je serais bien difficile, si je n'étais pas satisfait de mon lot. Une femme charmante, spirituelle, qui a reçu l'éducation la plus distinguée, qui est apparentée à ce qu'il y a de mieux dans le monde, et riche, ce qui ne gâte rien. Elle

m'adore, n'a d'autre désir que de me complaire. Je suis le maître dans la maison, je dîne quand je veux; et tu verras quels bons petits plats on me mijote. A propos de dîner, mon estomac me dit qu'il est l'heure d'y songer.

Il sonne.

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