‹ Théâtre de fantaisieChapitre 35 sur 51 · SCENE II BISCUIT, seul · texte numérisé non relu

SCENE II BISCUIT, seul

Enfin je puis m'abandonner à la douceur de mes rêveries. O lac de Genève, c'est à toi que je devrai les plus douces émotions de ma vie. Celle que j'ai cherchée si longtemps^ cette fugitive apparition que je poursuis depuis mon enfance, c'est sur tes flots ^limpides que je devais la rencontrer, voguant comme Vénus sur un bateau à vapeur remorqué par des colombes.

Il chante:

Air : du Lac de Niedermeyer.

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages. Dans la nuit éternelle emportés sans retour...

Que je n'oublie pas de remonter ma montre î

Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges,

Ne pourrons-nous jamais jeter l'ancre un seul jour?

Tiens, j'ai fait une tache à ma redingote.

O lac, l'année à peine a fini sa carrière.

Et, près des flots chéris qu'elle devait revoir.

Regarde...

Le fait est que c'est beau le lac au clair de lune. Tout est harmonie dans la nature.

LE GARÇONj dans la coulisse à droite.

Voilà, monsieur,, la plus belle chambre de l'hôtel, au premier, la vue du Lac, la seule disponible...

BISCUIT

Ah! ah! il chant: aussi sa chanson, celui-là. La sienne a un refrain.

11 chante.

Air de Larifla.

C'est un état bien triste Que celui d'aubergiste, Lorsque les voyageurs Vont se loger ailleurs.

J'ai perdu sa piste; mais elle doit être à Genève. Je respire l'air qu'elle respire. O ma belle inconnue, je vais rêver de vous. Où donc est mon bonnet de coton ? Le voici. O bonheur! Elle était là, aussi, regardant les franges d'argent qui couraient se perdre dans l'azur intense des eaux, et moi, intérieurement. 11 chante :

Air des Huguenots.

Je lui disais : Bel ange, Reine des amours, Beauté du ciel, je t'aimerai toujours-

LANGUILLE^ de la chambre voisine à droite.

Dites donc, monsieur, est-ce que cela va durer longtemps?

BlSCUir, continuant de chanter.

Toujours.

AU noRi) nu LAC 181

r.ANGUILLE.

Il est minuit.

BISCUIT^ mcmc jeu.

Toujours.

LANGUFLLE.

C'est insupportable.

11 chante.

Air des Cloches de Corneville.

Je regardais en l'air.

BISCUIT

Dites donc, voisin ?

LANGUILLE.

Hein?

BISCUIT

Vous avez une belle voix.

Je me le suis laissé dire.

BISCUIT

Chantez- VOUS le duo de Guillaume Tell}

LANGUILLE.

Non, monsieur.

BISCUIT

Quel est votre genre ?

LANGUILLE.

Pas le vôtre.

BISCUIT

Oh! ce n'est pas poli.

LANGUILT.E.

Tel est mon caractère.

BISCUIT

Bonsoir, monsieur.

LANGUILLE.

Bonsoir.

BISCUIT

Dormez bien.

Merci.

BISCUIT, à voix basse.

Bonsoir, bonsoir, mon adorée.

Il chante.

Air de la Muette de Povtici.

Du pauvre seul ami fidèle, Descends à ma voix qui t'appelle.

Sommeil, sommeil...

LANGUILLE.

Mais, sapristi ! monsieur, c'est donc une infirmité?

BISCUIT

Incurable, monsieur, incur-ible.

LANGUILLE.

Vous êtes résolu à chanter toute la nuiir

BISCUIT

Parfaitement résolu.

LANGUILLE.

Eh bien, attendez-moi, nous chanterons ensemble.

AU HOIU) Dr LAC ISo

DISCL'IT.

Ce sera un vcriiablc honneur pour moi. Attendez un moment que je m'ajuste pour vous recevoir convenablement.

LANGLlLLli:.

La porte est fcrm:e de votre côté.

BISCUIT, récitatif à volonté.

J'arrive, je m'empresse, Je Vins avoir l'honneur d'ouvrir à \'otre Altesse.

Il ouvre adroite.

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