‹ Théâtre de George SandChapitre 116 sur 142 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Cinquième Tableau.

A LA ROCHE-MAUPRAT

Une chambre assez petite et sombre, vieux style, vieux meubles, un aspect d'antiquité sinistre. A droite du spectateur, une cheminée. Une porte au fond, au milieu. Vers la gauche, un vieux lit à colonnes dont les rideaux de serge brune sont fermés. Une croisée à gauche, au premier plan. Au fond, à côté de la porte qui donne sur une cage d'escalier fermée, une autre fenêtre vers la droite. Sur le devant du théâtre, à gauche, une petite table grossière et un vieux fauteuil. Sur le devant, à droite, près de la cheminée, un autre fauteuil plus grand.

BERNARD, TOURNY, puis MARGASSE.

(Le métayer vient d'entrer le premier. II porte un fagot et un bout de chandelle dans un vieux chandelier. Il se retourne vers Bernard qui le suit en costume d'officier de l'armée franco-américaine; un manteau sur les épaules, les hottes ternies par le voyage, deux pistolets à la ceintcre.)

TOURNY

Si fait, si fait, monsieur Bernard, vous vous reposerez un si peu dans la chambre de maître. Vous devez être las, si vous venez comme ça d'Amérique. J'vas vous faire une flambée, c'est humide en tout temps ici. (Très-étonné.) Tiens, il y a du feu!...

BERNARD

Oh! cette chambre!...

TOURNY

Ah! dame, c'est tout ce qui reste de l'ancien château, de-

puis la grande alîàire, le feu, le saccage! Mais la métairie est en bon état, vrai, des granges toutes neuves et un cheptel!... Ali! ça va mieux à la Roche-Mauprat que du temps de vos oncles!... Dieu leur fasse paix, (a part.) Ce feu... c'est drôle, tout de même.

BERNARD

C'est bon . maître Tourny, ayez l'obligeance de me procurer un cheval, tout de suite.

Vous aurez ça avant qu'il soit un petit quart d'heure Ma propre vraie jument! On court la chercher au pacage.

BERNARD

Bien, bien! P;irlez-moi de Sainte-Sévère ; vous dites que mon oncle...

TOURNY

Ah! ma fine, M. le chevalier a passé la septantaine, mais ça ne l'empêche pas d'être encore vert, oui-da! Il se promène de temps en temps dans sa voiture, avec la demoiselle, du côté de par ici , d'autant mieux qu'ils ont fait arranger la route, ce qui est bien agréable à leurs bêtes et aux nôtres.

BERNARD

Ah! ils viennent par ici?

TOURNA

Pas souvent! à ce qui parait que la demoiselle ne s'y plaît point ; mais , tout de même , elle y est venue , pas plus tard que la semaine passée, et je m'imaginais bien qu'elle y viendrait encore aujourd'hui.

BERNARD

Aujourd'hui '?...

TOUR N Y

Oui, parce qu'on disait comme ça qu'ils s'en allaient en visite chez la dame de Rochemaure, et je me disais, moi,

MA UPRA

qu'en revenant, comme elle sait que ma mère est malade, et qu'elle est grandement charitable... Mais voilà la nuit, et ils doivent être retournés à Sainte-Sévère, par le chemin de la tour Gazeau.

BERNARD, à paît.

J'aurais pu la trouver ici... ici! non! ce n'est pas ici que je veux la revoir!

MARCASSE, qui est entré en habit militaire, une valise à la main,

un manteau suus le brast baissant la vuix et montrant

à Tûurny Bernard qui est rêveur.

Allons, voyons, mon ami, mon capitaine, très pressé d'arriver à Sainte-Sévère, et bien las... vous voyez?

TOURNV.

M'est avis qu'il est à jeun... mais il m'a refusé!

MARCASSE

C'est égal, apportez toujours...

TOURNV.

J'V Vas Vitement. (Reconnaissant Marcasse , qui se débarrasse de son

chapeau.) Ah!... mordi, je suis content de vous voir, monsieur le sergent, vieux preneux de fouines, va!...

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